‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 2)Chapitre 304 sur 305 · ACTE V, SCKNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCKNE VIII

Alors, profitons de ce que nous nous aimons encore pour ne pas nous le dire trop cruellement, car tu m'aimes encore, n'est-ce pas, Sébastien?

(Luimeltant la main sur la bouche pour l'empêcher de répondre.)

Non... je suis trop naïve de te demander ça... Ne réponds pas, ne réponds pas. . . Non, tu ne m'aimes plus, car tu es engagé dans une lutte trop âpre et trop dure pour qu'elle n'occupe pas tout ton cœur et toutes tes forces... Mais si tu ne m'aimes plus, tu as pour moi une tendresse et une pitié profondes... et ça me suffit, maintenant, ça me suffit...

SÉBASTIEN

J'ai fait sous tes caresses le seul rêve de ma vie et je t'aime encore comme autrefois. Tu te trompes...

HÉLÈNE

Tant mieux, mon chéri, tant mieux... D'abord tu te rappelles ce que je t'ai dit un jour : « Tu auras du mal à aimer une autre femme. » Oui, tu auras beaucoup de mal et j'espère que je ne verrai pas ça... Ah ! je m'égare, j'oublie ce que je voulais te dire... je n'ai plus bien ma tête à moi... Et c'est justement pour te le dire que je tenais tant à te voir... Voici... voici. Je ne veux pas me faire meilleure que je ne suis, Sébastien, ni plus héroïque. Si je me réconcilie avec mon mari, ce n'est pas par quelque grand sentiment d'honneur et de devoir, ce n'est pas vrai. Ce serait trop beau. Je n'en suis pas capable. Si je le fais, c'est que je n'ai pas pu lutter davantage et défendre mieux mon amour. Et c'est surtout parce que je ne veux pas que cet amour reste une menace pour toi, une menace qui pèserait sur ta vie et qui diminuerait l'allégresse, l'énergie dont tu as besoin. Je resterais libre, vois-tu, je ne pourrais pas m'empêcher

de te poursuivre, d'essayer de te reprendre, je te heurterais encore et j'abîmerais le souvenir que je veux te laisser. Voilà pourquoi je m'incline et je disparais. Si j'étais certaine de mourir bientôt, je ne te donnerais pas ces explications. Mais je peux vivre : il faut tout prévoir.

SÉBASTIEN

Tu vivras ! tu vivras ! Et près de moi, oui, près de moi... Car je me sens assez fort à présent pour te défendre. Je ne veux pas qu'entre nous tous tu sois broyée... Va ! va ! je t'aime et nous avons de longs jours à rester l'un près de l'autre.

HÉLÈNE

Tais-toi ! Quelle folie ! Tu me dis ça parce que je suis malade !...

SÉBASTIEN

Mais d'abord tu n'es plus malade.,. Tu es en pleine convalescence et il faut avant tout, avant de prendre une résolution quelconque , tu entends ? il faut que tu achèves cette convalescence... et que tu te rétablisses entièrement... C'est l'essentiel... Après, nous verrons... Alors, j'ai une idée, moi... Tu vas t'en aller avec moi là-bas, dans les Landes, sous les pins, il y fait un temps de rêve en ce moment... Tu t'installeras dans une petite maison pas très loin de celle que j'habite. Ça, personne ne peut s'y opposer, c'est tout naturel... C'est ta santé qui est en jeu!...

HÉLÈNE

Merci, Sébastien, merci... Mais je ne sais pas si je pourrai m'échapper.

SÉBASTIEN

Si ! si ! je m'en charge... Ces gens-là ne te

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