ACTE II, SCÈNE I
aura du danger, je te préviendrai. Tu sais que je ne me trompe pas souvent... A propos, qu'est-ce que c'est que cette coupure de journal que j'ai trouvée dans tes papiers?
BOURDOLLE
Voyons (Lisant.) C'est le compte rendu de la cérémonie de l'autre jour. J'y étais avec le président. Mon nom est cité, on me l'envoie,
ALINE
Lis jusqu'au bout.
BOURDOLLE.
J'ai lu.
ALINE
Tu as lu ça?
BOURDOLLE.
Mais oui.
ALINE
Monsieur Bourdolle, loujours heureux cVHre ministre... Tu as lu?
BOURDOLLE, rUntl.
Pas méchant.
ALINE
Non... c'est pire !
BOURDOLLE,
Bah?
C'est dédaigneux... c'est désobligeant... Je le lirais dans une feuille d'opposition, ça me serait bien égal. Mais c'est dans un journal ami... et ce qu'il y a de plus grave, c'est que ça correspond à un état d'esprit. Veux-tu que je te parle franchement? Eh bien, c'est vrai, tu as l'air trop content d'être ministre !
BOURDOLLE.
C'est que je suis très content, en effet.
ALINE
Il ne faut pas le montrer avec tant d'exubérance.
BOURDOLLE.
N'oublions pas que je représente la Haute- Garonne 1
ALINE
Tu ne me feras pas rire avec ces plaisanterieslà!
BOURDOLLE
Ne me gronde pas, ma chérie.
ALINE
Je ne te gronde pas... je t'avertis... Tu es trop familier avec tout le monde... trop bon garçon, trop en dehors. Ça ne suffit pas pour faire une grande carrière politique. C'était bon au début de la République, quand on avait pas encore l'habitude. Mais maintenant, on sait ce que cest que d'être du Midi : ça n'épate plus personne.
BOURDOLLE.
Nom d'un chien ! Tu as raison. Laisse-moi t'embrasser. Ma chérie, ma petite Aline, je t'adore. Qu'est-ce que je serais devenu si je ne t'avais pas rencontrée ? Cette idée me fait frémir ! Je serais peut-être socialiste. On ne sait jamais. J'ai failli.
ALINE, souriant.
Oh ! je me rappelle.
BOURDOLLE.
J'ai été sur le point de me laisser entraîner. Heureusement, tu étais là avec ton sens des réalités, avec ton génie de la politique. Tu m'as