ACTE m, SCÈNE III
moi ! c'est idiot ! — elle trouve que le courriériste des théâtres n'est pas gentil avec elle... elle lui envoie à chaque instant des notes qu'il ne lait pas passer... Je vous répète ce qu'elle dit, parce que, moi, encore une fois, ce que ça m'est
égal !...
BOURDOLLE.
Cher ami, vous avez bien raison de me mettre au courant... J'aviserai, je vous le promets... Le journal est à votre disposition à tous les deux.
BRAXCniN.
Je ne m'adresse pas à vous comme commanditaire, mais comme ami... Si j'avais su à quoi je m'exposais en mettant de l'argent dans un journal ! Je suis tiraillé de tous les côtés... Marguerite me reproche de ne pas m'occuper de son avenir d'artiste... Elle croit que je l'aime parce qu'elle est une artiste... C'est admirable ! Et puis, d'autre part, il y a ma femme, dont le caractère a changé, vous ne pouvez pas vous imaginer dans quelles proportions !...
BOURDOLLE.
Jamais M™'' Branchin ne m'a paru de meilleure humeur, au contraire... plus aimable... Ditesmoi? Elle ignore toujours?
Ma liaison avec Marguerite?... Eh non, mon ami, elle ne l'ignore pas, voilà le terrible. Elle la connaît depuis quelque temps déjà, j'en suis sûr... Et, savez-vous ce qu'elle a fait?
bourdollh:.
Mon pauvre Branchin, je suis navré ! Et, qu'est-ce qu'elle a fait ?
BRAXCHIN.
Rien.
IJOURDOLLE.
Rien?
BRANCniN. ^
Pas une récrimination, pas une allusion, pas un reprociie.
BOURDOLLE.
Alors, de quoi vous plaignez-vous ?
BRANCHIN.
Attendez... Vous savez comme elle étaitjalouse, autrefois ? Je ne pouvais pas sortir, je ne pouvais pas faire un pas hors de la maison... Eh bien, mon ami, depuis qu'elle a la certitude que je la trompe, ça lui est devenu complètement indifférent! Je suis libre, je peux aller où il me plaît... Jamais une question ! Toujours le sourire ! la bonne humeur ! Et, alors, je ne me sens plus surveillé, je suis livré à moi-même... Je n'ai plus de contre-poids. Ma vie a perdu toute espèce d'intérêt...
Mon pauvre ami... j'ignorais ce drame.
BRANCHIN.
Ah ! mon cher, profitez de mon expérience et ne vous mettez jamais dans une situation pareille !
BOURDOLLE.
Je n'y songe pas, soyez tranquille. (On frappe.) Entrez !
(Enlre Prosper.)
PROSPER
]\pi.e Brévin demande si monsieur le directeur a quelque chose à lui dire... Elle va partir.
lîOURDOLLE.
Non.. . je nai rien.. .Ah! si! au fait.. .Priez-la de venir un instant.
(Sorl Prosper.)
BUANCIIIN.
Merci encore, chera.ni... et je vais promettre à Mareuerite...
BOURDOLLE.
Vous pouvez le lui promettre de ma part.
(Entre Liice.)
BRANCHIN, /.( ynl liant.
Chère madame...
(Il lui leml la. main.)
LUCK
Bonsoir monsieur Branchin... Voulez-vous ôlre assez aimahle pour faire mes amitiés a M"' Howard que je n'ai fait qu'apercevoir au
théâtre ? BRANCIUN.
Je n'y manquerai pas, madame.
(Il sert la main de BourdoUe et sorl.)