ACTE V, SCKNE VI
ce qui a le plus fortement impressionné les jurés — je vous demande pardon, maître — c'est sa déposition. Ce bougre-là a prononcé une véritable plaidoirie en faveur de Lazare... et je dis que c'est humiliant pour nous...
MAITRE BURETTE
Oh ! humiliant!
MARESGOT.
Parfaitement. Nous avons lair maintenant d'être ses obligés. C'est vexant! Car enfin, quand on y réfléchit, qu'est-ce qu'il était avant ce procès? Un pantin que personne ne prenait au sérieux, qui venait ici quémander la succession de Lorillon... Aujourd'hui, sa réélection est assurée, il fera partie d'un prochain ministère...
MAITRE BURETTE
Evidemment, il sort grandi de ce procès.
MARESGOT.
Parbleu! il en sort sur nos épaules.
MAITRE BURETTE
Ce n'est pas ce que je voulais dire. Avouez qu'il a été remarquable. Un accent, une envolée !
MARESGOT.
11 parle bien, je n'en disconviens pas.
MAITRE BURETTE
Et sa péroraison... vous rappelez-vous? « Songez-y bien, messieurs, une nation comme la nôtre, qui ferait un crime aux jeunes coqs de monter sur leurs ergots, renierait son symbole et ses traditions ! »
1 90 l'attentat
MARESCOT
Pas mal, ça...
LAZARE, ironique.
Applaudissements. . .
MAITKK BURETTE.
Allons, je vois que vous avez encore assez bonne opinion de lui, pour ne pas être étonné...
MARESCOT
De quoi?
MAITRE BURETTE
Eh bien, voilà!... (Le prenant k part.) J'ai VU toUt
à l'heure Montferran, à la sortie du Palais... Il tient absolument à vous exprimer lui-même ses regrets de l'incident soulevé par l'accusation. Vous ne pouvez pas refuser de le recevoir; ça ne vous engage à rien, après tout...
(Bruit d'auto.)
MARESCOT
Qu'est-ce que ça signifie?
TOUT-BÉNEF, eiUranl en coup de vent.
V'ià monsieur Montferran, patron ! Il m'a ramené du Palais dans son auto... à côté du mécanicien !