‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 130 sur 272 · ACTE I, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VII

a envio de jouir de la vie, de chercher à être heureuse, de se défendre, de lutter...

SALVIÈRE.

C'est celle-là qui a raison.

VNnXM:.

Oui, je crois qu'elle empêchera sa camarade de se noyer. Ça me fait beaucoup de plaisir de causer avec vous... Et vous?

SALVIÈRE.

Moi, je suis charmé.

YVONNE

Vrai ?

SALVIÈRE.

Vrai. Alors, puisque nous voilà bien ensemble, dites-moi un peu ce qu'il y a dans cette petite tête... Pourquoi n'acceptez-vous pas ce que vous offre (ieorges ?

YVONNE

Parce que je ne veux pas retourner à Nantes. Je veux rester à Paris. C'est convenu avec mon frère. La rente de ma mère nous suffira jusqu'à ce que nous gagnions notre vie tous les deux, ce qui ne tardera pas. Roland est très instruit et moi je ne suis pas aussi ignorante que j'en ai l'air.

SALVIKRK.

Vous n'en avez pas l'air.

YVONNE

Oh! si! je n'ai pas la physionomie grave des personnes qui ont reçu une instruction supérieure... Mais j'ai beaucoup travaillé et j'ai beaucoup lu. J'aurais pu passer mon brevet, je savais

230 l'oiseat iîi-essé

tout ce qu il faut... Je ne l'ai pas fait, parce que je ne me destinais pas à renseignement... Avec mon caractère, j'aurais été une institutrice déplorable, et mes élèves ne m'auraient pas prise au sérieux... Je me connais très bi»'n : je sais pour quoi j'ai des dispositions et pour quoi je n'en ai pas.

SALVIÈRE.

Vous avez infiniment de bon sens et, en effet, je ne vous vois pas en institutrice. Mais, dites-moi, pour quelle carrière vous sentez-vous de l'aptitude, une inclination?... Y avez-vous déjà songé? Allons ! faites-moi vos confidences pendant que nous sommes en train I...

YVONNE

Oh ! c'est bien grave de vous dire ça!

SAL\IKRK.

Bah!

YVONNE

C'est un gros secret que je n'ai pas osé avouer à Roland... Et ce sera même très dur de le lui avouer... Et, vous comprenez, du moment que je ne le dis pas à mon frère...

SALVIÈRE.

Vous ne voulez pas me le dire à moi qui ne suis qu'un étranger... Mais d'abord, il me semble que je ne suis plus tout à fait un étranger pour vous... Ensuite, j'ai peut-être une certaine expérience de la vie de Paris, que vous n'avez pas encore, ni vous ni votre frère : je peux donc vous donner un conseil, je peux même vous aider... et je vous assure en outre que je suis très discret et que je ne raconterai à personne ce que vous allez me faire l'amitié de me dire tout de suite.

Page 1