ACTE I, SCÈNE VII
n'empêche pas d'être une honnête fille... Jamais, avant Geor{2^es, un garçon ne m'avait dit un mot que ma mère n'aurait pas pu entendre... Lui, je lai aimé tout de suite... et je me suis donnée à lui sans crainte, comme si j'étais déjà sa femme... Voilà ma petite histoire, monsieur ; je ne vous la raconte pas très bien, mais je vous jure que je vous dis la vérité. Et, mainlenant, soyez ÎVanc, quelle opinion avcz-vous de moi?
S.ALVIÈRE.
Je pense, mademoiselle Yvonne, que vous êtes une personne pleine de cœur et de la plus jolie fierté; que l'homme qui vous abandonne est un pitoyable égoïste qui ne vous méritait pas et que vous aurez un jour votre revanche,
VVONN'E.
Et madame Salvière, est-ce qu'elle est de cet avis-là?
SALVIKIU:.
N'en doutez pas, et elle aura bientôt, comme moi, une très vive sympathie pour vous.
YVONNE
Elle est bien belle... et puis elle a une figure distinguée... Elle va admirablement avec vous : vous faites un beau ménage... Vous devez être heureux tous les deux?
SALVIÈRE.
Nous sommes très heureux.
Y\OXXE.
Vous dites bien ça. Un sent que c est vrai. Tant mieux ! Et y a-t-il longtemps que vous êtes mariés ?
228 LOISEAi: BLESSK
SALVIÈRE.
Sept ans. ,
YVONNE
Combien avez-vous d'enfants ?
SALVIÈRE.
Nous n'avons pas d'enfant.
YVC^NXE.
C'est dommage... mais enfin, ce n'est pas iini.
SALVIÈRE, riant.
Je ne suis pas venu ici pour m'amuser, mais je ne peux pas m'empècher de rire.
Riez... riez... ne vous gênez pas... Moi aussi, j'étais partie pour être très gaie, mais je me suis arrêtée en chemin, il y avait de quoi.
SALVIÈRE.
Je VOUS dirai à mon tour : ce n'est pas fini.
YVONNE
Oh! je ne me désespère pas, remarquez... D'abord, c'est bizarre: il y a deux femmes en moi.
SALVIÈRE.
Il doit même y en avoir plus.
YVONNE
C'est possible, mais je n'en connais que deux. L'une est absolument dégoûtée de la vie, et pour un oui ou pour un non, elle se jetterait à l'eau...
SALVIÈRE.
J'aime mieux l'autre...
YVONNE
L'autre, ma foi, se dit qu'eUe est jeune. Elle