‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 180 sur 272 · ACTE III, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VII

que de toi. Je disais Bombel tout à riioure pour m'entraîner.

SALVIÈRE

Tu tiens à ce que je te réponde ?

MADELEINE

J'aimerais mieux... Dame! Mets-toi à ma place.

SALVIÈRE.

Alors, je te dirai que c'était fatal. C'est nous qui avons présenté Yvonne dans le monde... Elle est jolie... je suis familier avec elle, tu as beaucoup d'amies... Si personne ne t'avait dit qu'elle était ma maîtresse, j'en aurais été un peu humilié. Cette humiliation m'a été épargnée. Dieu en soit loué !

MADELEINE

Elle t'a été épargnée, tu peux le dire,

SALVIÈRE.

Es-tu satisfaite de ma réponse?

MADELEINE, se rapprochant de lui et quittant le ton enjoué.

Oui... oui... Raymond... et je l'attendais avec plus d'anxiété que tu ne crois.

SALVIÈRE.

Tu avoues donc que tu me soupçonnais? Et à quel propos? Sur quel indice, voyons? Est-ce qu'il y a moins d'affection entre nous, moins de tendresse, moins d'amour? Est-ce que je mène la vie pittoresque et accidentée de l'homme marié qui a une maîtresse? As-tu surpris dans les poches de mes vestons des billets suspects ? Est-ce que je te raconte que j'assiste à des banquets d'anciens camarades ? T'ai-je dit une seule

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fois que lu devrais aller plus souvent voir ta mère? Vient-il chez nous des chasseurs de restaurants ou de cercles? Est-ce que je te fais plus de cadeaux que d'habitude? Enfin! y a-t-il dans notre existence un seul des indices distinctifs et traditionnels à quoi Ton reconnaît qu'un homme du monde trompe sa femme ?

MADELEINE, secomnil ht lèle.

Quand une femme appartient à un homme comme je t'appartiens, c'est à des signes plus mystérieux qu'elle sent son amour menacé... C'est souvent même à des nuances si légères, si subtiles, qu'elle est seule à les distinguer... C'est à une ombre qui passe dans le regard... à un sourire, à une impatience... ou à un de ces pressentiments douloureux qui sont, pour celles qui aiment, de claires visions de l'avenir !... .

SALN'IÈRE, iilLint .'/ Madeleine et lui prennnl la main, un peu a.(jacé.

Allons! voyons!... en voilà assez!... Dis-moi le fond de ta pensée tout de suite... Dis-moi ce que tu veux me dire!... Si tu sais, ou si tu crois savoir quelque chose, parle franchement. Ce sera plus digne de toi et nous nous expliquerons. Mais ne nous énervons pas avec des sous-entendus et n'essaye pas de m'attraper avec les petits pièges que j'aperçois derrière chacune de tes phrases. Crois-tu qu'Yvonne soit ma maîtresse ? Dis oui ou non, nettement. Je saurai au moins sur quoi te répondre.

MADELEINE

Je n'en ai aucune preuve et je n'en ai jamais cherché. La vérité, si je dois la connaître un jour, ce sera par le hasard ou })ar toi... Mais, pour-

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tant, ce dont je suis sûre, c'est qu'un homme, surtout un homme de ta valeur et de ta trempe, n'abandonne pas tout à coup, sans des raisons profondes, l'ambition de toute sa vie... Et tu as refusé les propositions de Villerat... Commentje l'ai appris? Oh! peu importe... C'est un fait, ça, c'est un fait. Tu les as refusées en dehors de moi et sans me consulter... Et pourquoi? si ce n'est pas pour rester auprès d'Yvonne... C'est l'évidence... c'est l'évidence. D'ailleurs, tu n'as jamais été attiré vers une femme comme vers celle-là. Oh ! ne le nie pas... Si tu le niais, ça prouverait que tu ne t'en rends pas compte toi-même, toi si clairvoyant ! Tout en elle t'intéresse, son caractère, ses malheurs, ou plutôt ses aventures, ses moindres gestes... Tu la trouves originale, vivante. Et elle, penses-tu qu'elle n'ait pas remarqué l'effet qu'elle produit sur toi? Elle ne sera pas longue à en profiter, sois tranquille! Elle aussi, elle a changé. Ce n'est plus la petite fille résignée et courageuse que nous avons connue... Elle est embusquée et elle te guette... tu es le seul à ne pas t'en apercevoir... Mais tu es une proie joliment tentante pour elle!

salvil:he.

N'en fais tout de même pas un prodige d'hypocrisie et de dissimulation. Je t'assure que tu exagères.

Oh ! tu la défendras toujours, naturellement.

SALVIÈRE, agacé.

Mais non, je ne la défends pas ! Que veux-tu que je te dise pour te rassurer? Qu'elle est devenue une créature sans cœur ? Une sale petite rosse ?

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Qu'elle rendra malheureux tous les imbe'ciles qui tomberont entre ses mains? Je veux bien, moi, je veux bien, quest-ce que ça me fait? N'en parlons plus ! Veux-tu que nous cessions de la recevoir ! Je ne demande pas mieux !

MADELEINE, allant à lui, lui prenant le hru", vicenienl.

Raymond! Raymond! cette femme te tient, j'en suis bien sûre... je l'ai deviné... Et tu en souffres! oui... tu en souffres!

SALVIÈRE.

Tu construis un roman, je t'assure, ma chérie... Et avec quoi ? Avec rien ! rien !

MADELEINE

Oh! tais-toi, tais-toi!... Je te pardonne, quoi que tu aies fait... parce que je sais que tu as été entraîné, affolé... que tu n'as pas été maître de toi et parce qu'il n'est pas possible que tu ne m'aimes plus, n'est-ce pas? Il n'est pas possible que je ne compte plus pour toi! Ce n'est pas un égarement d'une heure qui a pu te faire oublier tout ce qu'il y a eu entre nous... l'épouse que j'ai été, nos rêves, tant d'espérances communes, des années d'une intimité complète, sans une seconde de défaillance, sans secret!... Ton bonheur, ton plaisir, c'est toute mon existence... Ton égoïsme même n'a rien à me reprocher!... Alors, il faut m'écouter : quand il s'agit de toi, je suis la compagne attentive et lucide qui ne peut pas se tromper. Eh bien! il faut que nous partions, que nous quittions Paris... Et tu sais bien que je ne dis pas ça parce que je liens à être ambassadrice? Ah ! Dieu non! Mais ce que je ne veux pas, c'est que tu te réveilles un jour malheureux et désa-

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