‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 184 sur 272 · SCENE IX SALMÈRE, MADELEINE · texte numérisé non relu

SCENE IX SALMÈRE, MADELEINE

(Madeleine a entr ouvert la, porte pendant qu'Yvonne embrasse /es mains de Salvière. Elle n'apparait en scène que lorsque Yvonne a disparu et que Salvière s'est retourné. Il aperçoit Madeleine et s'arrête.)

MADELEINE

Je rentre à l'instant et juste pour la voir t'cmbrassant la main avec amour et soumission. Ah 1

322 i/oisEAi' Bi.Kssi;

elle est plus forte que moi... elle est très forte, te voilà repris. Ce que tu m'as dit tout à Iheurc ne compte plus... Tu as oublié! Tu es à elle de

nouveau

SALVIERE.

Ecoute-moi, Madeleine... Ne t'nlarme pas... écoute-moi, je t'en supplie. Ce que je t'ai dit tout à l'heure, rien ne me le fera oublier... Mais je reconnais que je viens d'être ému sincèrement par Yvonne... oui... oui... Je m'attendais à trouver une femme indifférente et insolente et j'ai vu une pauvre créature brisée de douleur...

MADELEINE

Oui... oui... Elle t'a bien joué la comédie!

SALVlÈRE.

Si elle mavait joué la comédie, c'est contre elle que la comédie se serait retournée! Car pendant qu'elle pleurait et qu'elle m'apparaissait si dillerente de ce que jimaginais, c'est une chose presque triste à dire, mais tout ce qui m'avait d'abord attiré vers elle, tout ce qui me l'avait fait un instant désirer — oh! tu vois, je te fais ma confession entière — l'espèce de vertige et de hèvre qu'elle me communiquait, tout cela tombait peu à peu... et il ne restait plus en moi qu'un seul sentiment : la pitié... Oui... la pitié... pour une enfant abandonnée et lamentable. Et si elle a pu croire que je l'aimais, c'est que je lui ai menti]

MADELEINE

Tu lui as menti ou bien c'est à moi que tu mens pour essayer de conserver ta maîtresse sous mes yeux et presque avec mon consentement ! Comment veux-tu que j'accepte une situation

ACl K m, SCKNK IX M'A

pareille? Aucune femme ne l'accepterait à ma place... Aucune!... aucune ! C'est impossible! C'est monstrueux!,.. Tiens! Raymond, ce que je vois, ce que je sens, c'est que cette femme t'est nécessaire et que tu n'oses pas me l'avouer ni peutêtre te l'avouer à toi-même... Car, du moment que tu ne la quittes pas aujourd'hui, que tu ne la quittes pas tout de suite, tu ne la quitteras plus!... C'est fini! Je m'en vais... je suis vaincue!

Alors, qu'est-ce que tu demandes? Qu'est-ce que tu exiges? Que je brise cette enfant entre mes doigts comme j'ai failli le faire tout à l'heure et que j'en jette les morceaux à tes pieds? Eh bien, cela, tu ne l'obtiendras jamais de moi! .. Je t'aime uniquement, je n'aime que toi, et elle, je la sacrifierai, c'est entendu. Mais je veux au moins choisir l'heure et l'occasion du sacrifice! Je ne veux plus la revoir éperdue devant moi, avec ses yeux désespérés, ses larmes... C'est une vision intolérable... Non! non! je ne pourrais pas... Ne me le demande pas, ce n'est pas possible... pas possible !

MADELEINE

Eh bien, alors, puisque tu ne peux pas la (juitter... garde-la! garde-la!...

Elle sort. )

324 ). OISEAU HLESSK

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