SCÈNE PREMIÈRE YVONNE, MADAME JANSON
YVONNE
Et c'est hier soir seulement que Roland t'a annoncé cette résolution?
M.\DAME J.\NSON.
Pendant le dîner...
YVONiNt:.
Il ne t'en avait jamais parlé avant?
MADAME JANSGX.
Jamais... Et à toi?
YVONNE
A moi non plus... Quelles raisons t'a-t-il données ?
MADAME JANSON
Il prétend que nous demeurons trop loin de l'Ecole de droit, que ra le gène pour suivre ses cours...
AI II-: IV. sckm: r '.\'2'\
YVONNE
C'est curieux! Il aurait pu nous consulter avant de se décider... Je vais lui parler... Oîi est-il? Je ne l'ai pas vu de la matinée.
MADAME JANSON
Il est sorti de très bonne heure, pendant que tu dormais encore... Tu es rentrée tr?>s tard, hier soir... Il était plus de minuit.
VVONNK
Ce dîner a duré longtemps... puis, nous sommes allés faire un tour au théâtre...
Tu ne quittes plus les théâtres, maintenant... Mon Dieu, mon Dieu ! que de changements depuis les trois ou quatre mois que nous sommes à Paris! J'en suis épouvantée...
YVONNE
Il n'y a pas de quoi, il me semble.
MADAME JANSON
Parce que tu commences à gagner de l'argent et que nous sommes mieux logés? Mais dans quelle incertitude et dans quel désordre vivonsnous? Je ne veux pas revenir sur le passé, ma pauvre enfant, mais au moins qu'il te serve de leçon !
YVONNE
Sois tranquille, maman.
MADAME JANSON
Enfin! toi, au moi'ns, tu es contente de ta nouvelle existence ?
326 i.'oiSEAr nLESSÎ:
YVONNE
Très contente. Je suis presque lancée... on nie demande souvent pour jouer des petites comédies de salon dans le monde. J'ai appris trois ou quatre choses où je ne suis pas trop mal. Tu ne sais donc pas que ta fille a du succès?
MADAME .TANSOX.
J'ai lu ça dans les journaux. Mais je ne te cache pas que toutes les fois que je vois ton nom imprimé, ça me lait peur.
YVONNE
Pourquoi ?
MADAME JANSON
Parce que... jamais je ne m'étais figuré que notre nom pourrait être dans un journal. Alors, moi, que veux-tu, dès qu'il m'arrive quelque chose que je n'avais pas prévu, même si c'est heureux, j'ai peur !
YVONNE, rembr;isf<;iiil.
Eh bien, n'aie pas peur.
MADAME JANSON
Tous ces gens que tu es obligée de fréquenter, est-ce qu'ils ne t'entraînent pas trop ?
YVONNE
Mais non. D'ailleurs, il le faut bien. C'est eux qui me procurent mes cachets, qui me font des relations.
MADAME JANSON
Monsieur et madame Salvière, je comprends. Voilà des personnes distinguées, voilà de bonnes fréquentations... Mais ce monsieur Bombel...
Acii: i\', s( i:m: i -Sz i
surtout celte demoiselle qui vient te chercher à chaque instant...
"^VONNi:.
Jeannine Leroy ?
MADAME .lANSON.
Oui.
YVONNE
Mais, maman, elle a failli avoir un premier prix du Conservatoire. Te rends-tu compte de ce que c'est qu'une femme qui a presque obtenu un premier prix au Conservatoire?
MADAME JAXSON.
Non, ma fille. Mais, à tout hasard, j'aime mieux que ce soit elle que toi.
(Entre Virç/inie.)
VIRGINIE
Mademoiselle, c'est monsieur Bombel et mademoiselle .Jeannine Leroy.
MADAME JANSON
Allons, bon!... Qu'est-ce qu'ils te veulent encore ?
YVONNE
Ils viennent me voir, maman... Faites entrer, Virginie... (A sa mère:) Ne t'en vas pas. Puisque tu les connais, tu peux bien leur dire bonjour... Ce sont des camarades. Il ne faut pas être des sauvages,, à Paris, si on veut faire son chemin.
(Entrent Bombel et Jeannine Leroy.)
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