SCÈNE IV YVONNE, ROLAND
YVONNE, après un silence.
Eh bien ! tu ne m'embrasses pas ?
ROLAND, l'embrassant.
Mais si !
YVONNE
Maman vient de m'apprendre ta résolution, Roland. Je suis très étonnée que tu ne m'aies pas consultée. Ça me fait beaucoup de chagrin. Pourquoi ne veux-tu plus demeurer avec nous?
ROLAND
Je suis revenu précisément ce matin pour te le dire, Yvonne.
YVONNE
Ah!
ROLAND
Tu ne devines pas un peu?
YVONNE
Non.
L oisi;au blesse
IIOLAND.
Je suis très gène, Yvonne, car c'est un sujet bien délicat entre frère et sœur. Mais nos deux existences ont été si intimes et si mêlées, tu m'as montré tant de confiance à certaines heures presque tragiques de ta vie, et moi, à ces moments-là, je t'ai montré tant d'affection, que je puise dans ces souvenirs le courage de cette conversation.
YVONNE
Mon petit Roland, mon petit Roland, comme tu as l'air ému !
nOLAXD.
Je suis très ému.
YVONNE
Va ! nous nous aimons trop pour nous dire jamais quoi que ce soit de méchant Alors, tu peux me parler, ne te gène pas. Ne nous considérons pas, si tu veux, comme un frère et une sœur, mais comme deux frères, ou deux sœurs.
]!OLAM), un h'-ijer liiin{>K.
Yvonne, j'ai vu madame Salvière hier soir.
YVONNE
Je le sais bien.
ROLAND
i\on... Je l'avais vue dans l'après-midi, en effet, avec son mari, mais je l'ai revue dans la soirée... seule.
A quel propos?
Elle m'avait envoyé tin mot pour me prier de passer chez elle.
AI iK i\, sc.KNt: IV 3;^'l
YVONNE
Toi ?
liOLAND.
Moi... oui.
YVONNE
Et qu'est-ce qu'elle avait à te dire?
ROLAND
Qu'elle allait probablement, à cause de toi, se séparer de son mari.
YVONNE
Se séparer de son mari !
ROLAND
Oui, Yvonne.
YVONNE
A cause de moi? Là, Roland, je t'affirme que je ne comprends pas.
ROLAND
Oh! je t'en prie, ne nie pas un fait que je connaissais et que madame Salvière n'avait pas à craindre de me révéler... car aux premiers mots, elle avait deviné que j'étais au courant. Et j'étais attristé, humilié, à un point que tu ne soupçonnes pas.
YVONNE
Je ne nie pas ce fait... Tu sauras un jour que jai assez d'excuses pour n'en avoir pas honte, que j"ai été, en tout cas, désintéressée et sincère, et que je n ai commis aucune vilenie... Mais il n'est pas question de ça. Ce que je nie, tu entends, ce que je nie, c'est d'avoir forcé monsieur Salvière à une explication qui l'aurait amené à se séparer de sa femme. Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai! 11 est impossible que madame Salvière tait affirmé une chose pareille.
336 l'oiseau blessé