‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 191 sur 272 · ROI.ANI · texte numérisé non relu

ROI.ANI

C'est que tu ignores ce qui s'est passé entre elle et son mari, après ton départ.

YVONNE

S'il y avait eu quoi que ce soit de grave, je l'aurais su... dès hier soir... Et, d'ailleurs, je vais le savoir tout à l'heure. Tu avoueras, en tout cas, qu'il est étrange que madame Salvière te raconte ces choses-là, à toi !

ROLAND

Elle se défend. Elle m'appelle à son secours. Est-elle tenue envers toi à de la délicatesse? à des ménagements? à des précautions? Tu lui as brisé son ménage, détruit son bonheur, quand elle ne t'avait apporté, elle, que du secours et de la sympathie! Et, en se défendant contre toi par tous les moyens, non seulement elle est dans son droit le plus strict, mais encore elle fait son devoir d'honnête femme.

Autant me dire que, moi, je suis une fille perdue !

ROLAND

Non, non, ma petite Yvonne... non, ma chérie, non... Si tu savais quelle tendresse et quelle indulgence j'ai pour toi! Comme je comprends ce qu'il y a eu de fatal dans ta vie et d'irraisonné, et que tu n'es pas entièrement responsable des malheurs qui nous frappent. Je sais bien que malgré tes fautes, ma pauvre chérie, tu es loyale, tu es droite, tu es franche, tu es courageuse, capable, par conséquent, de te racheter par une brave et jolie action... C'est cette action que je

te demande, Yvonne, que je te supplie d'accomplir... Vois-tu, il faut prendre toi-même l'initiative d'une rupture avec monsieur Salvière, d'une rupture définitive et immédiate...

YVONNE

Qu'est-ce que tu me demandes, Roland? Ah! tu es sévère... On voit que tu es jeune, que tu n'as jamais souffert, et surtout que tu n'as jamais aimé... Quand tu auras un peu plus d'expérience de la vie, tu tiendras un autre langage et tu apprendras que ce n'est pas avec des considérations de droit et de devoir, ou de justice, qu'on arrange les choses de l'amour... J'ai eu tort, je ne dis pas, mais maintenant, il est trop tard. J'aime et je suis aimée, ou du moins, je le crois... Et pour cela, je n'ai rien fait de vilain, tu entends, rien! Je n'ai pas essayé denlever à madame Salvière son mari. C'est lui qui est venu à moi en me disant qu'il m'aimait... Et je l'aimais aussi... Evidemment, il aurait mieux valu être une héroïne. Je n'ai pas été une héroïne, j'en conviens, mais je te souhaite de ne pas rencontrer dans ta vie de femmes plus perverses et plus indignes que moi!

ROLAND

Je n'insiste pas, Yvonne. Tu as trop de bonnes raisons, je vois, et je suis trop jeune, en effet, pour les comprendre. Seulement, que veux-tu, je suis ton frère et je me fais peut-être une idée exagérée des devoirs que tu as envers maman et envers moi. Je m'étais habitué à la pensée de te garder entre nous deux, de te faire oublier, à force d'affection, et d'oublier moi-même ton premier malheur et ta première faute... Tu as raison, tu as raison, je ne connais pas la vie.

338 l"oisi:al; blessé

YVONNE

Ne sois pas triste, mon petit Roland!

ROLAND

Si je pouvais être un frère comme celui de Jeannine Leroy, par exemple, je ne serais pas triste, au contraire, et tes défaillances m'apparaîtraient comme indispensables au bonheur de notre famille. Hélas! je ne suis pas ce frère-là, et je ne tiens pas à le devenir. Quant à être témoin de ta nouvelle existence ou de faire semblant de l'ignorer, non, non, je n'en ai pas le courage. Alors, nous ne nous verrons plus. Adieu, Yvonne.

YVONNE, allant à lui et lai prenant les mains.

Mon petit Roland, tu ne sais pas dans quelle situation affreuse tu me places! Ah! que je suis punie!... Laisse-moi le temps de réfléchir, je t'en supplie? Ne t'en vas pas tout de suite! Ne nous séparons pas. Qu'est-ce qui me resterait?

ROLAND, l embrassant.

Ma pauvre petite sœur !

(Entre Virginie.'

VIRGINIE, h Yvonne.

Monsieur Salvière.

lîOLAND, avec un mouvement.

Ah!

(Il fuit mine de s'èloiçfner.) YVONNE.

Je te reverrai tout à l'heure, n'est-ce pas? Tu déjeunes ici?

Oui.

ACTic IV, s<;i':ne v :^;{0

ROLAND, aijrùs uiir hi'KiIntioji.

(Il sort ù (Irnile. Yvonne fnit aijfne à Vivffinie d'introduire.)

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