‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 193 sur 272 · ACTE IV, SCicNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCicNE V

yvuxm:.

Puisque je vous aimais aussi, nous aurions souflert tous les deux : ce n'était pas nécessaire.

SALVitRE.

Vous ne m'aimiez pas, alors. Vous ne m'avez aimé que lorsque je me suis emparé de vous et que vous avez trouvé en moi un amant sincère. Mais j'ai eu tort, j'ai eu tort... Je n'avais plus l'âge où l'amour a tous les droits. Tenez, Yvonne, ce que j'aurais dû faire, c'eût été simplement de vous venir en aide, comme à une enfant malheureuse, de vous donner la main pour traverser la vie avec confiance et avec joie, de comprendre mieux l'être délicat et nerveux que vous étiez et que le hasard mettait entre mes mains. J'ai abusé de mon expérience et de ma force, je n'ai pas été désintéressé. J'en souftVirai, il le faut... Hélas! je vous aimais, ce n'est pas une excuse, évidemment, mais c'est tout de môme une bien grosse raison.

YVONNE

Oui, c'est vrai, vous m'avez aimée, je le sens. Mais je ne suis plus sûre que vous m'aimiez encore... Non, non, j'ai beau me cacher la vérité, en vous regardant, en vous écoutant, elle m'arrive au cœur malgré vous.

SALVIÈ1{E.

Non, Yvonne, j ai pour vous de si tendres sentiments, de si sincères, de si profonds, que vous ne pouvez douter de moi, que vous ne pouvez savoir le chagrin, la douleur que j'éprouverais si jamais vous pensiez à moi avec amertume !

YVONNE

Oh! je le sais bien que vous ('-tes sincère et que,

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hier soir, pendant ces quelques heures que nous avons passées ensemble, vous avez été tendre et charmant.. . Mais cependant, non, non, vous n'étiez plus le mènip. Qu'est-ce que vous pensiez? Je l'ignore... Ah! il y a toujours un des deux qui ne sait pas ce que l'autre pense : c'est celui qui aime... Pourtant, je l'ai un peu deviné... Ce n'est plus à moi que vous songiez, c'est à votre ménage, à votre femme, à tout ce que je suis venue troubler.

Je songeais que vous m'aurez créé le plus exquis, le plus jeune souvenir de ma vie... que vous avez en moi l'ami fidèle et intime qui n'oubliera pas... voilà à quoi je songeais.

YVOX-NK.

C'est gentil ce que vous me dites là, Raymond. Seulement, allez, je comprends... Mon Dieu! mon Dieu! que je suis bête quelquefois... Mais je sais très bien ce qui va arriver, ce qui est fatal, et je n'ose pas me l'avouer à moi-même, carrément, courageusement. J'ai toujours été comme ça, d'ailleurs Je ne suis courageuse et énergique que lorsqu'il est trop tard et que j'ai fait toutes les bêtises. Alors, par exemple, ça va bien. Je me retrouve, je me reprends. Avec ce caractère-là, on n'est jamais heureux, c'est vrai, mais au moins, on ne se jette pas à l'eau. C'est une compensation. Oui, Raymond, oui, c'est fatal. Il faudra que nous nous séparions un jour, peut-être bientôt, vous y serez forcé, je le sais, je le sais... Ah! une femme légitime, comme c'est fort! J'ai failli en être une, moi aussi... C'est fini... Vous rappelez-vous, Raymond, quand je vous ai dit que vous auriez une grosse influence sur ma vie

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