‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 192 sur 272 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

SALVIÈRE, Y\'ONNE.

SALVIÈRK.

Je quitte Bombel... Qu'y a-t-il donc?

Y\'OXNE, doiicemfnl.

Pourquoi ne m'avez-vous pas raconté hier soir ce qui s'était passé entre votre femme et vous?... Oh! je le sais par Roland, que madame Salvière a fait appeler et à qui elle a dit qu'elle allait probablement se séparer de vous... Est-ce vrai? est-ce vrai?

SALVIÈRE.

Je suis en effet, maintenant, vis-à-vis de ma femme, dans une situation assez tendue, et je n'ai pas la moindre idée de ce qui va arriver. jNIais ne vous en préoccupez pas, laissez-moi agir... Ne vous inquiétez de rien. La promesse que je vous ai faite hier, je la tiendrai.

YVONNE

Il ne faut pas la tenir parce que vous me lavez faite, mais parce que vous m'aimez et que vous désirez me garder.

SALVIÈRE, lui pn'itunt les mniiis.

Mais c'est pour cela que je la tiendrai... Que vous a dit votre frère?

340 I-'OISEAL lil.ESSÉ

YVONNE

Je viens d'avoir avec lui une scène très pénible, très douloureuse. Ail! que de gens veulent nous séparer, Raymond! que de menaces il y a contre nous! Mais vous saurez résister, n'est-ce pas? Ce ne vous sera pas difficile, allez! Car je veux me contenter désormais d'une place toute petite auprès de vous. J'y ai bien réfléchi. Jusqu'ici, j'ai été trop encombrante : je n'ai pas été une maîtresse assez discrète, assez cachée, pour' un homme comme vous. Mais ce n'est pas de ma faute. Vous auriez dû me le dire, au lieu d'approuver tous mes caprices.

Rien de ce qui arrive n'est de votre faute, Yvonne... Et, quand je me rappelle les circonstances où nous nous sommes rencontrés, votre courage, votre sourire, votre hardie résistance au malheur, enfin quand je me rappelle tout ce qui, en vous, m'a charmé et ému, je me dis qu'en effet, il y a un coupable dans cette aventure, mais que le coupable, c'est moi!

YVONNE

Vous, Raymond, vous? Et pourquoi?

SALVIÈRE.

Parce que c'est moi d'abord qui vous ai troublée, qui vous ai prise, qui ai profité du désarroi de votre existence et qui, sans le vouloir, vous ai peut-être préparé pour l'avenir des regrets et de l'amertume... Ah! tenez, je me suis mal conduit avec vous. Je n'aurais jamais dû vous dire que je vous aimais !

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