ACTE III, SCÈNE VII iîj l
C'est affreux, ce que tu fais là, c'est affreux, ce n'est pas juste!
Elle pleure.)
FARJOLLE.
Dis tout de suite que je suis le coupable... C'est trop fort! Tu m'as trompé indignement, tu entends, indignement! Car tu n'as rien à me reprocher, à moi, tu n'as pas d'excuses. Nous nous étions mariés parce que ça nous plaisait... Nous étions seuls, nous n'avions pas de famille... pas d'amis... Et du moment que tu ne maimais plus et que tu en aimais un autre, tu n'avais qu'une chose à faire : venir me le dire franchement. Je t'aurais rendu ta liberté et tu aurais mené le genre d'existence que tu préfères... Mais si tu avais du cœur, c'est toi qui ne m'aurais pas traité comme le premier mari venu! et qui ne m'aurais pas ridiculisé auprès de tous les gens que nous fréquentons, de Vérugna, de Brasier... de tout le monde! Voilà pourquoi je veux une séparation, une séparation légale, et voilà pourquoi je me suis adressé au commissaire de police.
EMMA
Oh ! naturellement, je suis dans mon tort, je ne puis pas le nier... Reste à savoir si je suis une misérable ou bien une femme qui a commis une faute, une faute grave... dont elle se repent déjà cruellement, qu'elle ne demande qu'à etfacer... et qu'elle ne recommencera jamais, jamais... Reste à savoir ça... René, mon petit René, mon chéri! Je n'aime que toi, je te le jure!
FARJOLLK.
Tais-toi donc! ne mens pas! et surtout ne t enlève pas la seule excuse que tu aurais à la rigueur et qui est d'aimer Vélard!
4;i2 QUI PEHD GAGNE
EMMA
Aimer Vélard, moi! C'est insensé que tu ne me connaisses pas mieux!... Mais je l'ai en horreur, maintenant! 11 me fait l'effet d'un mauvais g-énie qui est venu se jeter dans ma vie et la désorganiser !
KAHJOLLE.
Tu ne l'avais pas en horreur tout à Iheure, quand je suis arrivé.
EMMA
Quand tu es arrivé, j'étais en train de lui dire que je n'aimais que toi! Et il était rudement embêté, je te le promets! Et c'est la vérité, je n'aime que toi... Si tu me quittais, vois-tu, si c'était fini pour de bon... je ne le reverrais plus... je m'en irais, je reprendrais mon existence d'autrefois, avant que je t'aie rencontré... je resterais toute seule, je travaillerais, je m'en tirerais comme je pourrais... mais je ne me remettrais pas avec un autre homme... Oh! non... Oh! non... Et toute ma vie, je penserais à toi, à la faute que j'aurais commise en te perdant!
FARJOLLE.
Mais si tu es la femme que tu dis, pourquoi l'as-tu commise, cette faute? Si tu n'aimes pas Vélard, pourquoi es-tu devenue sa maîtresse?... Ce n'est pas par amour, prétends-tu? Ça ne peut pas être par intérêt?... Alors, je ne comprends plus... Vrai, c'est même le sentiment qui domine en moi en ce moment-ci. Je ne distingue pas les raisons qui t'ont fait agir. Pourquoi? pourquoi?
EMMA
Est-ce que je sais! J'ai été entraînée... 11 me faisait la cour depuis longtemps... avant toi-
ACTi: III, SCKNKS \II t">'.i
même... Je ne te l'avais pas dit parce que je n'y attachais aucune importance. J'étais convaincue que je ne ferais jamais cette folie... Et puis, il n'a cessé (le me répéter qu'il m'aimait... C'était comme une obsession. 11 me disait aussi qu'il était très malheureux... qu'il ne pouvait plus travailler, qu'il était perdu, si je ne voulais pas. . . puis il a été blessé, il m'a demandé de venir le voir une fois, une seule fois... J'y suis allée avec l'intention formelle de lui dire : « Mon petit, ce n'est pas possible, j'aime trop René... jamais je ne le tromperai... il ne faut pas me demander ça... » Et puis, il s'est mis à pleurer... ça m'a bouleversée. Je l'ai supplié d'être raisonnable... Nous nous sommes misa pleurer ensemble... Et, maintenant, tout cela est tellement loin de moi, que je me demande comment cela a pu arriver... Tiens, je me demande même si c'est arrivé... Ma parole, je n'en suis plus sûre. Je ne me figure pas que tu es là, avec un commissaire de police, que je suis coupable, que tu me fais des reproches... Non, non, allons-nous-en! Ne restons pas ici...
FARJOLLE.
Oui, oui, c'est très gentil, cette explication, mais je ne peux pas m'en contenter. En tout cas, si tu n'as obéi, comme tu le prétends, qu'à un entraînement, si tu as regretté ta faute tout de suite, pourquoi donc as-tu continué? Pourquoi es-tu revenue ici?
EMMA
Je ne voulais pas. Rappelle-toi, je t'ai demandé de partir à Londres avec toi, j'ai insisté, tu ne peux pas avoir oublié comme j'ai insisté. C'est toi qui as refusé de m'emmener. Est-ce vrai?
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FARJOLLE.
C'est vrai. J'étais rassuré par la franchise avec laquelle tu acceptais de partir.
EMMA
Rassuré?... Tu avais déjà des soupçons à ce moment-là ?
FAR.IOLLE.
Oui.
Qui est-ce qui te les avait donnés!... Ah! écoute; il faut me répondre! J'ai le droit de t'interroger là-dessus... On t'avait dit des infamies sur mon compte?
FARJOLLE.
Oui... et je croyais encore que c'étaient des infamies.
EMMA
Pardon, qui te les avait dites?
FARJOLLE.
Brasier.