EM>L
Ce Brasier!... Quel monde!... Et peut-on savoir ce qu'il avait insinué, ce joli monsieur?
FAIiJOLLE.
Il assurait t'avoir vue sortir d'ici... Ça m'avait donné des soupçons...
E!\LMA.
Ah ! il ne te faut pas grand'chose !
FARJOLLE.
Je les avais écartés d'abord. Je ne pouvais admettre que toi, Emma, si franche, si sérieuse, en qui j'avais tant de confiance...
ACTK III, S(:i:nk vu
EMMA
Oui, oui... continue...
Mais peu à peu ces idées se sont imposées à moi, et j'ai passé par des alternatives pas gaies, je t'assure.. J'ai douté de toi, je me disais que c'était possible, après tout! Et j'en étais arrivé à un tel point d'inquiétude et de nervosité, que j'ai voulu en avoir le cœur net...
EMMA
Oui, oui... attends, attends... Un détail, je t'en prie... Ça se passait à la soirée Vérugna, tout ça ?
FARJOLLE.
Oui.
EMMA
Avant ton départ pour Londres ?
FARJOLLE.
Naturellement.
H.MMA.
Alors, quand tu es parti, quand je t'ai accompagné à la gare, tu avais déjà des soupçons ?
FARJOLLE.
Hélas !
EMMA
Et tu as pu être souriant, me prendre dans tes bras, m'embrasser si gentiment, me recommander de penser à toi, de t'écrire tous les jours! Et tu avais ces idées-là ! Et tu as poussé la dissimulation, l'hypocrisie .. mais oui, mais oui, l'hypocrisie jusqu'à m'écrire des choses tendres, jusqu'à m'envoyer une lettre ce matin encore, une lettre qui m'a fait tant plaisir, pour me dire que
tu resterais encore trois jours ! Et tu as pris le train en cachette, tu m'as épiée ! Et moi, bonne fille, je ne me doutais de rien, je ne devinais rien, je te croyais heureux, tranquille ! Ah ! mon cher, je n'aurais jamais attendu ça de toi ! Tu joues bien la comédie !
FAR.TOLLE
Je n'ai pas cherché à la jouer, j'étais navré, je t'assure.
EMMA
Tout de même, j'ai beau avoir des torts, et je les reconnais, il y a une chose que je ne puis m'empècher de penser. Tu me déclarais tout à l'heure que si je ne t'aimais plus, j'aurais dû te le dire... Mais toi, sais-tu ce que tu aurais dû faire au moment ovi Brasier t'a raconté ces horreurs sur mon compte? Tu aurais dû être franc et ne me rien cacher. Tu aurais dû venir à moi carrément et me dire : « Voih\ ce qu'on m'a rapporté. Est-ce vrai ? .. » Et, alors...
FARJOLLE.
Et alors, tu m'aurais répondu : « Il n'y a pas un mot de vrai ! »
EMMA
Certainement, je t'aurais répondu ça, mais au moins je n'aurais jamais recommencé. Je ne serais jamais retournée chez Vélard. Je lui aurais dit : « Mon mari a des soupçons, c'est fini ! » Et tu n'aurais jamais rien su, ce qui eût mieux valu à tous les points de vue. Pour moi, ce n'eût été qu'un mauvais rêve vite oublié. Tu vois oii ça nous a menés, tous les deux, de manquer de franchise l'un envers l'autre ! Il ne faut pas recommencer ça, mon chéri !