‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 254 sur 272 · ACTE III, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VII

FARJOLLK.

Te voilà partie ! te voilà partie ! Tu t'imagines que je vais te pardonner... c'est admirable !

EMMA

Mais oui, mon chéri, tu vas me pardonner. Tu ne peux pas faire autrement. Après ce que je t'ai dit, tu dois être convaincu que je ne retomberai jamais dans l'erreur que j'ai commise.

l-XAJOI.LE. iimer.

Une erreur, en effet... Tu t'es trompée d'homme, pas plus !

EMMA, lui iiielUinl la iiiuin sur la bouche.

Tais-toi, tais-toi ! Ne dis pas des choses méchantes et inutiles. Tu vas me pardonner, d'abord parce que tu m'aimes encore... (Geste de Fur jolie.) Mais si, tu m'aimes encore ! Ce n'est pas en cinq minutes qu'on oublie toutes les émotions, tous les plaisirs qu'on a eus ensemble, la manière dont on s'est connus, les rêves qu'on a faits, les difficultés qu'on a eues à vaincre et les nuits qu'on a passées... Non, ce serait trop bête d'oublier tout ça !

FARJOLLE.

Ce n'est pas moi qui l'ai oublié !... Ma déception n'a été que plus cruelle ; je suis très malheureux, je souffre beaucoup de t'avoir perdue, mais surtout de mètre trompé sur ton compte. Car si tu n'avais été, au début, pour moi, qu'une maîtresse que je désirais ardemment, tu étais devenue peu à peu autre chose : la compagne à qui l'on ne cache rien, avec qui on ne triche pas, à qui on dévoile son vrai caractère. Enfin, la femme qu'on ne rencontre qu'une fois dans sa

ioS OI I PERD GA(,NE

vie. J'avais en toi une confiance absolue, ridicule même. Je n'aurais rien entrepris sans te consulter. Je ne faisais pas une affaire sans me dire : <( Emma sera contente ! Quelle bonne surprise elle va avoir ! »

EMMA, ('mue.

Mon chéri, comme tu es bon, malgré tout !

KAHJOLLE.

Tiens, avant-hier encore, à Londres... à Londres, au milieu de mes soupçons ot de mes inquiétudes, quand j'eus terminé cette affaire avec Griffith, c'est à notre avenir que je pensais !

EMMA, vivement.

Ah ! c'est terminé ?

FARJOLLE, chancfcunt de ton.

Oui ! Et nom d'un chien, ça n'a pas été commode ! Ces Anglais sont d'un dur ! Sans la lettre de Vérugna, je crois que la commission m'échappait !

EMMA

Allons donc ! Oh ! c'aurait été raide !

FAlî.IOLLE.

Imagine-toi qu'il y avait deux autres courtiers sur FafFaire... Ah ! il a fallu être malin !

Tu me raconteras ça ?

FARJOLLE.

Oui... c'est très drôle.

EMMA

Enfin, c'est signé, mon chéri ?

Acri: III, S(:i:nh \ii

FARJOLLE, se frappant la poitrine.

J'ai là le traité.

EMMA

Oh ! montre-le-moi ?

FARJOLLE.

Regarde, tout est en règle !

EMMA, examinant-

Parfait... Qu'est-ce qu'il y a pour nous, là dedans ?

FAn.lOLLK.

Vingt mille francs.

EMMA, sautant de joie.

Vingt mille francs !

Oui... vingt mille francs.

•EMMA, joyeuse.

Ça, c'est une veine ! Mon chéri ! mon chéri !

(Elle lui saule au cou.)

FAIîJOLLK, n-preiuinl sim premim- Ion.

Emma, je t'en prie, soyons sérieux. Il s'agit d'autre chose, malheureusement !

EMMA

De quoi?... Ah ! oui... Ah ! ne recommençons pas, au nom du ciel ! Tu vois toi-même le peu d'importance de cette hêtise, puisque nous venons de l'oublier tous les deux pendant quelques minutes? Tu comprends, à présent, mon petit René, que nos deux existences sont bien confondues, que nous ne pouvons pas nous passer l'un de l'autre... Tu l'avouais toi-même tout à l'heure.

Je suis la femme de ta vie, et toi tu es le seul homme qui compte pour moi !... Quand je pense que tu es venu ici avec l'idée folle de nous sé-

parer ! .

FARJOLLE.

Ah! si je pouvais avoir en toi autant de confiance que par le passé !

EMMA

Mais tu dois en avoir davantage!... Oui, oui, parce que nous nous connaissons mieux, parce qu'il y a certains côtés de nos caractères que nous ignorions et que nous venons de découvrir... Enfin, vois-tu, je crois que c'est excellent, ce qui nous est arrivé là : nous avons vu que nous nous aimions toujours... Moi, je t'aime tant, mon chéri, je t'aime tant ! Je n'aime que toi, et je n'aimerai jamais que toi !

(Elle l'emhra^fie. — Un temps.) FARJOLLE.

Mais, qu'est-ce que je vais dire à ce commissaire de police ?

EMMA

C'est vrai ! Je n'y pensais plus... Tu crois qu'il faut lui dire quelque chose?... Si on s'en allait, tout simplement?

FARJOLLE.

Impossible, il faut le prévenir... ne serait-ce que pour m'excuser de l'avoir dérangé inutilement.

EMMA

Tu as raison, c'est plus convenable... Appelle-le pendant que je vais mettre mon chapeau...

(Far jolie ouvre la. porte.)

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