‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 256 sur 272 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

EMMA, FARJOLLE, pais VÉRUGNA, puis un instant JULIETTE, puis \'ÉLARD.

FARJOLLE, urrélunl Emma.

Attendons qu'il ait descendu l'escalier... nous partirons après.

EMMA

Je mets ma voilette.

FARJOLLE.

Pourvu qu'il ne bavarde pas !

EMMA

Mais non, sois tranquille.

C'est efTrayant, les potins qu'on ferait avec cette histoire !

ACTi: III, SCKNK IX 403

EMMA

Il faut être au-dessus de ces choses-lù, mon chéri. Nous vivons dans un monde où il s'en passe bien d'autres, va!

FAlUOLLi:.

Ah ! je ne pourrai jamais m'y habituer !

EMMA

Moi non plus. Nous ne sommes pas faits pour vivre dans ce milieu, nous sommes des bourgeois, nous... je le disais encore tout à l'heure... (Un temps.) à moi même... Ah ! Si nous pouvions vite faire notre fortune, et nous retirer quelque part, à la campagne, tous les deux, seuls... C'est là qu'on oublierait toute la vie de Paris... les choses qu'on ne voudrait pas faire, qui, au fond, vous répugnent, et qu'on se trouve entraîné à faire tout de même, par nécessite', par lâcheté !

FARJOLLE.

Oh ! Echapper bientôt à cet esclavage, à tous les gens dont nous dépendons... à Brasier, à Moussac, à Vérugna... à Vérugna, surtout! qui est un véritable tyran... Nous ne sommes que des pantins dans sa main !

EMMA

Allons, encore un peu de patience, un peu de chance, et nous serons libres...

Du reste, j'ai une idée splendide : un journal iinancier que je veux fonder ; je te conterai ça !

EMMA

Là, je suis prête... Embrasse-moi et partons.

(Entre VéiiKimi.j

IJLI PERD <jAGNE

VERUGNA.

Oh! très bien, très bien!... continuez, mes enfants !

EMMA

Oh ! monsieur Vérugna î

VÉRUGNA.

Oui, toutes les portes sont ouvertes, on entre ici comme dans un moulin... Mais toi, sacré FarjoUe ! je te croyais à Londres...

FARJOLLE.

Je suis arrivé ce matin, patron.

VÉRUGNA.

Allons, tout va bien... Justement, je suis tout seul ce soir, je m'embête à crever : je vous emmène dîner.

EMMA

Oh! patron, quel honneur!... dîner tous les trois !

Tous les trois... avec Vélard, bien entendu.

FARJOLLi:.

Oh ! ça, patron, ce n'est pas possible !

VÉRUGNA.

Pas possible? Qu'est-ce que tu as donc à faire ce soir?

FAR.IOLLE.

Je suis très fatigué... j'avais l'intention...

VÉRUGNA.

Fiche-moi donc la paix ! Je te préviens que, si tu ne veux pas, je garde ta femme !

Acri-: III, sf:i:NF. i\ V6->

FARJOLLE.

Patron, je vous assure...

VÉRUGNA.

Assez! sacré farceur de Farjolle!... Si on le laissait faire, ça se coucherait à huit heures, et pendant ce temps-là, je serais à m'embêter avec Vélard... qui n'est pas drôle depuis quelque temps... Pas de ça! Vous, au moins, vous êtes de petits risfolos. On va passer une très bonne soirée...

l-ARJOLLE.

Mais, patron !...

\KRUGNA.

Si on dînait à Montmartre ? Qu'est-ce que vous en dites, chère madame?

C'est une excellente idée, monsieur Vérugna.

VÉRUGNA.

A la bonne heure ! Le Moulin-Rouge Palace vous va-t-il, chère madame?

EMMA

Oui, si ça vous plaît, monsieur Vérugna.

VERUGNA, tendant l'annuaire à Farjolle.

Dis-moi le numéro...

(Sonnerie. Entre Juliette./

JULIETTE, accourant.

Voilà, voilà !... (S'arrêtant court.) Oh ! pardon !

VÉRUGNA.

Je ne vous appelais pas, mon enfant. Mais il ne sera pas dit que vous serez venue pour rien...

406 «.l'i picnii (.A(iNi:

Allez dire à M. Vélard que je suis là et que je l'attends.

.IULIETTE.

Oui... .Monsieur Vérugna, n'est-ce pas?

VÉRUGNA, urec boitU^.

Oui, mon enfant... Dépêchez-vous! (Au lâJèphone. ' Allô !

FARJOLLE. .'( Einmn. h.is. en fevHlelanl Vunnnnivc.

Non... non... je ne veux pas... je n'irai pas.

EMMA. bas.

Je t'en prie !... De quoi aurions-nous l'air?

FARJOLLE.

Ça m'est égal 1 Mais je ne dînerai pas dans ces conditions-là... Nous vois-tu tous les quatre !... C'est insensé !... Rien que d'y penser!...

VÉRUGNA.

Eh hien, et ce numéro ?

FARJOLLE.

Voilà, voilà !

VÉRUGNA, au téléphnnc

Ne coupez pas ! C'est Vérugna qui téléphone !... Oui ! . . . Lui-même ! . . . Vous avez compris ? Ah !.. .

EMMA

Je t'en conjure... Est-ce que nous pouvons lo mettre au courant? Non, n'est-ce pas? Alors...

VÉRUGNA.

Eh bien !

EMMA, ffaiempiil.

ACTF. III, SC.KNE IX 40"

Merci, chère madame... Dans le téléphone.) 222-22... et au trot!

FARJOLLE, bits, ;i lùiniui.

Qu'est-ce que je te disais ? Nous sommes des esclaves, des pantins !

Entre Vélard qui écoule.)

VERUGNA, au léh'plinne.

Le Moulin-Rouge Palace?... Bien!... Retenez un cabinet particulier pour moi, Vérugna... Je viendrai avec trois personnes : Monsieur et madame Farjolle et monsieur Vélard.

VÉLARD, aliiiri.

Ah!

VERUGNA, raccrocitant le téh'pliom; . à Vélard.

Ah! vous êtes prêt, vous !... Parfait!.., Là, nous allons faire un tour au journal, avant dîner... Dites donc, mon petit, nous avons à causer avec Farjolle. Passez devant avec madame.

EMMA, à Farjolle.

Sourions, mon chéri, sourions ! Il n'y a que cela à faire !

(Emma passe devant Farjolle qui lui arrête le hras.)

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