ACTE IV, SCKNK III
EMMA
Qu'est-ce que c'est?
FARJOLLE.
Rien... rien, un imprimé.
EMMA, la regardant.
Ahî...
{Elle vu pour prendre Ir lettre, i
FARIOLLE, p.ssayunt tir l:,rrrl,-r.
Laisse, ma chérie, laisse !
EMMA
C'est donc un secret?
FARJOLLE.
Mais non!... mais non!...
EMMA
Laisse-moi voir tout de même?...
FAR.rOLLE
Tu y tiens ?
EMMA
Oui...
FARJOLLE.
Oh!... si ça te fait plaisir!
EMMA, lisant.
Cabinet du juge d'instruction...
(Elle le regarde.)
FARJOLLE.
Oui... ça vient du... du .cabinet du juge d'instruction.
EMMA, continuant.
« Monsieur Farjolle est invité à se présenter au cabinet de M. Orbier, juge d'instruction, le
nri pivnn li.vf.NE
lundi sfiize avril, de onze heures à midi, pour affaire le concernant... Rapporter la présente lettre. » Qu'est-ce que ça veut dire?
FARJOLLE.
Tu vois... ces! une invitation!...
EMMA
Tu vas y aller !
Oui... peut-être... Toute réllexion faite, j'irai... Quand un juge d'instruction vous invite à aller chez lui, il vautmieuxy aller. C'est une question de politesse.
EMMA
Et tu ne sais pas pourquoi il t'invite, ce juge?
FARJOLLE.
Je suppose que c'est pour me demander des renseignements.
EMMA
Des renseignements sur quoi?
FARJOLLE.
Sur un tas de choses...
EMMA
Je ne suis pas tranquille!
FARJOLLE.
Ma chérie, ne te fais pas de hile, je t'en conjure ! Il est tout naturel qu'un homme dans les affaires soit appelé de temps en temps chez le juge d'instruction. On y va... on cause un quart d'heure avec lui... et ça ne tire pas à conséquence.
EMMA
Que veux-lu que je te dise? C'est plus fort que moi... .le n'aime pas les juges d'instruction!... Et je suis ennuyée... je n'ai pas le droit de te le cacher... ça me tracasse... Est-ce que par hasard?... Voyons, mon chéri, sois franc! Tu sais que je suis courageuse!... Est-ce qu'il n'y aurait pas du Ravenel là-dessous?
FARJOLLE.
Peut-être... C'est possible... et même, plus j'y songe, plus je crois que ça doit être ça. Cet imbécile de chef de bureau a dû aller clabauder un peu partout... raconter des histoires de l'autre monde!... Et ce juge d'instruction se sera dit: « 11 faut que je tire ça au clair et il n'y a que Farjolle qui puisse me donner des tuyaux sur cet individu. »
EMMA
Il n'y a rien à craindre pour nous?
FARJOLLE.
Absolument rien!... Au contraire!...
EMMA, qui a gardr la lettre
Mais... le seize avril, mon chéri... c'est aujourd'hui !
FARJOLLE, tressaillant.
Aujourd'hui!!! (Se remettant.) C'cst ma foi vrai! (Il regarde l'heure.) Dix heures et demie!... Eh bien, alors, je vais partir.
EMMA, sonnant.
Tu y vas comme ça, en veston?
FARJOLLE.
Pourquoi pas!
i-SO (jll PKliD (lAGNE
Moi, à ta place, je mettrais ma redingote.
FARJOLLE.
Oui... c'est plus correct!
EMMA, à Sophie. (j>ii rnlrr.
Sophie!... la redingote de monsieur, le chapeau haut de forme et un paletot de demi-saison ! (Sophie snri.i Tu seras de retour pour déjeuner?
FARJOLLE.
Oui... (Faussement gai.) A moius quc le juge ne m'invite à déjeuner avez lui... mais je n'y compte pas!
EMMA, riant.
Ah! ah!
(Ils rient tous les deux... puis se regardent... et redeviennent très sérieux. Silence. Sophie rentre avec la redingote.)
SOPHIE
Voilà, monsieur... Est-ce que monsieur a hesoin de moi?
EMMA
Non, non... J'aiderai monsieur. (Sophie sort.
Far jolie enlève son veston et passe sa redingote, aidé par
Emma.) Tu emportes ta serviette?
FARJOLLE. ouvrant son portefeuille.
Oui... donne-la-moi... J'ai des cartes de visite? Oui. Eh hien, je suis prêt. Ah! la lettre que j'oubliais... Et, à tout à l'heure, ma chérie!...
EMMA
Oui... tout à l'heure!... Tu ne me téléphoneras pas?