‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 264 sur 272 · EM>LV · texte numérisé non relu

EM>LV

Ah! mon Dieu!

VÉLARD.

Je vous demande pardon de vous dire cela sans

AcTii IV, sci;nk V 483

ménagements, mais la chose est assez grave! Et il n'est peut-être pas trop tard pour aviser.

EMMA

Mais alors, c'est peut-être pour cela qu'il a été appelé tout à l'heure chez le juge d'instruction?

VÉLARD.

Ah!... Il a été appelé?... Déjà?

EMMA

Oui... Il avait beau dire! Je savais bien que c'était sérieux! je savais bien!... Ah! mon Dieu! mon Dieu !

VÉLARD.

Ne vous désolez pas! Tout n'est pas perdu... Examinons la situation... examinons-la ensemble.

EMMA

Vous avez raison... Ne perdons pas la tête.

VÉLARD.

Ravenel m'a dit que Farjolle lui devait cinquante mille francs... C'est bien ça?

EMMA

Mais je n'en sais rien, moi, je n'en sais rien!

VÉLARD.

Si vous n'en savez rien, ça doit être ça.

EMMA

Mais qu'est-ce que Farjolle a pu faire de cet argent?

VELARD.

11 a dû le perdre à la Bourse. Je sais qu'il a beaucoup joué ces temps-ci.

484 (iLI l'EltU GAGNE

EMMA

Ah ! je comprends ! je comprends, maintenant !. . . Ce pauvre René!... Ah! il a dû s'en faire de la bile et du mauvais sang!... Qu'est-ce qu'il faul faire, à votre avis?

VÉLARD.

Il faut d'abord amener Ravenel à retirer sa plainte. J'ai idée que c'est possible... Au cercle, on Fa jugé très sévèrement, il y aun mouvement d'opinion contre lui, et je crois qu'en s'y prenant adroitement... Si vous m'y autorisez, je vais essayer?

'' EMMA

JNIerci... Je vous en suis bien reconnaissante.

VÉLARD.

Tenez, voilà une parole qui me fait du bien. Je voudrais tant que vous gardiez un bon souvenir de moi!

EMMA

Je sais bien que vous êtes un très gentil garron, Vélard, et quant aux torts que vous avez eus envers moi, soyez certain que je les ai oubliés depuis longtemps.

VÉLARiJ.

Merci... D'ailleurs, je vous ferai observer que je n'ai eu aucun tort envers vous.

EMMA

N'importe! Ne revenons pas sur le passé.

VÉLARD.

Oh! je sais bien que ça n'a pus compté pour vous, mais c'est le meilleur de ma vie... Je n'ai aucune arrière-pensée, je ne me fais aucune illusion, c'est !ini, c'est bien lini... car c'est bien fini, n'est-ce pas?

Tout à fait.

ACTi: IV, s(:!:Nrî v

EMAFA. VÉLAnD.

Bien. Comme ça, il n'y a pas d'équivoque... Alors, me voilà très à mon aise pour vous dire que je souiïre horriblement! Je n'aurais môme jamais cru qu'un homme qui a autre chose à faire puisse souft'rir ainsi.

KMMA.

Mais ce n'est pas de ma faute, mon pauvre ami, et il ne faut pas m'en vouloir.

VKLAr.D.

Non seulement je ne vous en veux pas, mais je continue à vous aimer plus peut-être qu'autrefois. Je vous aime d'une façon étrange, et pour ainsi dire démodée... Tenez, je me figure que les gens de mil huit cent trente devaient aimer de cet amour-là! Tout ce qui me rattache à vous m'est devenu sacré... Si je vous disais que je me suis lié intimement avec le commissaire de police...

EMMA, xoiirL-mt.

Pas possible?

VKLARD, 1res ému.

Oui... Nous ne nous quittons plus, nous faisons la fête ensemble... ou plutôt, je l'emmène faire la fête pendant que je souffre...

EMMA

Oh I VOUS souffrez?

VÉLARD.

Oui, Emma, oui... Mais je suis fier de cette douleur : elle m'élève au-dessus des gens que je fréquente, et il me semble qu'elle me rendrait capable de choses héroïques et absurdes... Tenez,

•iSO (>ri l'KHI) r.At.NK

pour un amoureux, je vais vous dire un blasphème : si je pouvais sauver votre mari, je le ferais !

EMMA

C'est de l'exaltation!

VÉLARD.

Oui... C'est même de la folie, car vous me diriez demain : « Vélard, nous n'avons pas les cinquante mille francs que nous devons, pouvez-vous nous les prêter? » Savez-vous ce que je vous répondrais, Emma? Je vous répondrais: c J'ai cin((uante mille francs, c est toute ma fortune, elle est à vous ! »

EMMA

Merci, mon ami... Je ne vous imposerai jamais un pareil sacrifice !

VÉLARD.

Ce ne serait pas un sacrifice, ce serait une joie... et une espèce d'expiation... car ces cinquante mille francs-là, voyez-vous, je ne pourrais pas dire à tout le monde comment je les ai gagnés... je ne pourrais môme le dire à personne... N'ayez donc aucun remords de les accepter, et dites-vous que ce n'est pas à un amant que vous les empruntez, ce n'est pas à un ami... c'est en quelque sorte... à un frère.

i:mma.

Dans ces conditions-ln, je ne dis pas non... Je verrai . . .

VÉLARl).

Merci... Je suis très heureux... à la Bourse, on dirait qu'il ne me faut pas grand'chose, mais ca m'est égal !

(On sonne. )

Acri; \\, sci'jm; si WT

KMMA.

Ah! C'est peut-être des nouvelles... Ah! non, c'est monsieur Vcrugna et monsieur Brasier!

I l'ntrent Vérur/fut et Brasier. j

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