‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 40 sur 272 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

MARGELLE, LAZARE, -ptiis. un insinni. AGATHE.

MARCELLE

Ne faites pas attention. Ma tante a son francparler, et quand on manifeste des idées qui ne sont pas les siennes...

LAZARE

Ohl madame... je comprends.

MAltC.KLLE.

Allons! au revoir, monsieur Lazare!... Dites à votre père que je suis très contente de mes livres.

LAZARE, suhiU'iiiciil einlMrransr.

Oui... madame... certainement... je vous remercie...

(Il reste sur phme.)

MARCELLE. iitsinUuit.

Au revoir, alors...

LAZARE, il fait quchjars pus et halhiilic.

Si vous voulez me permettre, madame... Je vous rapporte... quelque chose... que vous avez laissé... à la maison... l'autre jour... sur le comptoir...

MARCELLE

Moi? Quoi donc? (Lazare lire de sa poitrine le mouchoir oul)liè par Marcelle dans la boutique, et le pose sans rien dire

scDNi: \ii

Mir lu liihle. — Marcelle, brusiiiieinent , après aroir reçjurdé Lazare

m face.) Gomuieiit! Ce serait vous, qui?...

LAZAIŒ.

C'est moi qui ai écrit la lettre... oui, madame... le n'aurais jamais osé vous dire... Alors, j'ai (■crit... j'ai écrit...

MAUCKLLi;.

Ah! par exemple!... je n'en reviens pas... c'est inouï!... Mais à propos de quoi?... Qui a pu vous donner cette idée absurde, vous autoriser?. . . Est-ce parce que j'ai causé l'autre jour cinq minutes avec vous... que... Mais vous n'avez pas l'air naïf à ce |)oint-là, pourtant!... ahi tempa.) Car, enfin, vous iio me connaissez pas. Vous ne savez rien de moi, I icn de ma vie... Vous m'avez vue deux ou trois lois en tout...

LAZARK.

Vous croyez?... Vous ne savez pas. Mais je vous vois tous les jours, depuis trois mois, tous les

jours...

iMAUCELLi;.

Vous !

LAZARE

Tous les jours! Je vous ai guettée, je vous ai attendue des heures entières... J'étais heureux quand j'avais pu vous apercevoir une minute. Si je vous disais que j'ai passé des après-midi à regarder jouer votre petit garçon, au Luxembourg, et que j'étais consolé de votre absence par tout ce que je retrouvais de vous en lui. Sans cesse, enfin, votre pensée et votre image m'accompagnent.

MARCELLE

Mais, malheureux, qu'espérez-vous? Quelle idée vous faites-vous de moi ?

80 l'attentat

LAZARE

Oh! je sais bien la distance qui nous se'pare, je lai vite devinée... Et je n'ai pas la prétention d'être aimé de vous... comme ça... tout de suite...

MARCELLE

Mais, ni tout de suite, ni plus tard.

LAZARE

Pourtant on a vu des hommes épris et sincères parvenir à se faire aimer à force d'adoration et de dévouement. Vous êtes seule dans la vie... (Mouvement de Marcelle.) Oui, VOUS avcz uu enfant... Oh! vous avez été malheureuse, j'en suis sûr! Vous l'êtes peut-être encore... Qui sait alors si vous n'aurez pas besoin plus tard, un jour, d'un ami, si petit, si humble qu'il soit? Ne me désespérez pas tout à fait!...

MARCELLE. ;tcec un ilcnii-t-oiirirc.

Mais c'est un roman que vous bâtissez sur moi, mon cher monsieur! Parce que vous m'avez vue toute seule, vous me croyez abandonnée, et, comme vous êtes jeune, votre imagination vous égare... Allons, tout ça n'est pas sérieux... Mais regardez-moi donc... Vous avez vingt-cinq ans et je ne les ai plus... Voyons, jurez-moi que tout cela est fini... Que vous n'y penserez plus...

LAZARE

Je ne peux pas!... je ne peux pas!... Je vous jure que je vous aime sincèrement, profondément. Avant de vous voir, je n'étais rien... qu'un être incertain et bouleversé... sans raison de vivre... La société m'apparaissait comme une caverne obscure, pleine de malfaiteurs... De quoi aurais-je

Al II 11, '^ckm: \ii si

été capable? Je ne sais pas... Où j'allais? A la révolte, à quelque folie... Vous êtes venue, et il vous a suffi de passer près de moi pour vous emparer de mon esprit et de mon cœur... Et toute ma vie, maintenant, dépend de l'espérance que vous allez me donner ou menlever...

MAKCKLLr:.

Mais, malheureux, il faut bien que je vous le dise, à la fin, puisque vous ne voulez pas comprendre. Cette espérance, je ne peux que vous l'ôter, et dans votre intérêt même... Si je vous encourageais, mais ce serait de ma part plus qu'une légèreté : une mauvaise action... car je ne suis pas libre.

LAZARE

Ah! comment ne 1 ai-je pas deviné! Le mystère de votre existence, le voilà ! Vous aimez quelqu'un.

MAHCELLh:.

Oui. J'aime mon mari.

LAZARE

Votre mari... Vous avez un mari?

MARCELLE

Je n'étais séparée de lui que par des dissentiments passagers. Ils n'existent plus et je suis à la veille de quitter cette maison pour rentrer dans la mienne, la nôtre, et pour reprendre un nom sous lequel vous ne me connaissez pas : je suis madame Montferran.

LAZARE, iiccitblr.

Montferran ! . . . Montferran ! . . .

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