‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 92 sur 272 · ACTE IV, SCÈNE IX 16Ï · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IX 16Ï

MAliCELLK, uiirès un lemps.

Pardon, monsieur... Si vous faisiez cette découverte, la considéreriez-vous comme favoraide ou défavorable à l'accusé ?

BI/.OT, fi veulent.

Gomme i'avorablo, madame!... grandement favorable !

MARCELLE

Vraiment?

BIZOT

Elle expliquerait son acte et en atténuerait certainement la portée et la responsabilité devant le jury.

MARCELLE

Etes-vous certain, monsieur le juge, de ce que vous avancez, bien certain? Vous ne pouvez pas vous tromper?

BIZOT

Non, madame, je ne le puis pas. D'ailleurs, mon instruction s'orienterait dans un autre sens et mes conclusions seraient infiniment moins sévères, moins dangereuses pour le prévenu.

MARCELLE, se levant et allant ù lui.

Ah! monsieur, comme vous soulagez ma conscience !

MONTFERRAN, eHaré.

Marcelle!

MARCELLE, continuant, sans s'occuper de son mari.

Je ne peux pas vous dire le doute, l'angoisse auxquels je suis en proie depuis ces quelques jours. Figurez-vous que j'avais peur, en révélant un des mobiles du crime, le principal, peut-être, j'avais peur d'aggraver la situation de ce mal-

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heureux. Je savais qu'il n'avait jamais fait allusion à la passion... oui, la passion... insensée... absurde que, bien à mon insu, je lui avais inspirée. Et j'en concluais qu il redoutait cette révélation... Voilà pourquoi je ne disais rien, même à mon mari! Mais vous me jurez que cela peut le servir, au contraire. . . Alors, je n'hésite plus ! . . . Oui, monsieur le juge, oui, il n'y a pas de doute... C'est la jalousie, c'est le désespoir qui ont poussé ce malheureux garçon; c'est la haine violente qu'il a conçue pour monsieur Montferran lorsqu'il a su que j'allais me réconcilier avec lui... lorsqu'il a su que je n'aimais et ne pouvais aimer que mon mari.

MONTFERRAN.

Où allons-nous?... Où allons-nous?... Bizot, prenez garde, ça n'a pas le moindre rapport avec l'affaire...

MAITRE BURETTE

Pas le moindre rapport?... Mais c'est toute l'affaire, simplement. Ça l'éclairé d'une manière fulgurante! Lazare, un anarchiste? Jamais!... Un amoureux, un amoureux passionné!

MONTFERRAN.

Ah çà!...

MAITRE BURETTE

Une àme ardente qui est allée jusqu'au crime, par jalousie, par amour!...

MONTFERRAN, à part, irritf^.

Il est insupportable, ce petit-là!

BIZOT, ;> Marcelle.

Encore une question, madame? Dans quelles

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circonstaïu-es La/are Marescot vous a-l-il l'ait l'aveu de cet amour, de cette passion?

MARCELLE

I.e jour même du meurtre... Je lui ai montré sa folie, j'ai essayé de calmer l'état d'exaltation où je le voyais... et, finalement, je lui ai dit mon véritable nom... Sa douleur a été très brusque et très profonde. J'ai senti devant moi un être blessé jusqu'au fond du cœur; mais je n'avais, hélas 1 aucune consolation à lui offrir.

MONTFERRAN.

Ma chère Marcelle... je ne te fais aucun reproche, certes... Mais il fallait me raconter ça tout de suite, quand je l'ai trouvé chez toi !

MARCELLE

Je ne voulais pas tinquiéter... te forcer à renvoyer ce pauvre garçon. J'espérais qu'il oublierait son égarement...

BIZOT

Je vous remercie, madame, de votre franchise. Vous venez d'apporter un grand secours à la justice et au prévenu.

MARCELLE

J'en suis très heureuse. On doit pouvoir le sauver, n'est-ce pas?... C'est un dévoyé, ce n'est pas un criminel.

Je réponds de son acquittement. Les jurés ont horreur de l'anarchie, mais ils adorent les crimes passionnels.

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