Théâtre complet. Vol. 1-8
(.lu lever du rideau, le domestique inlrodnil de Méruij. Lucienne et lui se serrent In main.)
LUCIKiNNE.
Bonjour, monsieur.
DK MÉlî.W.
Bonjour, mademoiselle.
LUCIENNE, .11/ d'inii'uliijui' i/iii rrslr sur le .seuil de In iiorle.
Voulez-vous dire à ma more que monsieur de Méray est ici?
DE M^;l^\^■, .■) Luricnne.
Vous (L^viuez ce que je viens faire, n'est-ce pas ?
10 [.A CHATELAINE
LL'Cli-lNNE. soiirimil.
Non.
DE MÉlîAY.
Vous ne devinez pas?
LUCIENNE
Puisque je vous le dis.
•DE MÉRAY
Si, VOUS devinez.
LUCIENNE
Alors?...
DE MÉRAY
Je viens demander votre main à monsieur votre père.
LUCIENNE
C'est tout?
DE MÉRAY
C'est tout pour aujourd'hui. J'ose me flatter que vos sentiments à mon égard n'ont pas changé depuis hier dans l'après-midi...
LUCIENNE
Ils sont les mêmes.
DE MÉRAY
Avez-vous amené adroitement la conversation sur moi à déjeuner, ce matin, comme nous l'avions combiné?...
LUCIENNE
Mais oui. Mon père a dit qu'il avait une grande sympathie pour vous et que vous étiez un avocat d'avenir. Il paraît que vous avez très bien plaidé l'autre jour.
DE MÉRAY
Oui, je crois que ça n'a pas mal marché. Seulement, à Angers, les plaidoiries n'ont pas beaucoup de retentissement. J'ai des projets pour plus
ACri: I, SCKNE I H
tard, vous verrez. Et qua répondu madame de La Baudière quand votre père a dit que j'avais de l'avenir?
LUCIENNE
Elle a répondu : « C'est bien possible ».
DE .MÉRAY
De quel ton a-t-elle répondu cela? Avec intérêt, ou négligemment?
LUCIENNE
Négligemment.
DE MÉRAV.
N'importe, j'ai de l'espoir.
LUCIENNE
Moi aussi... Mais enfin, il ne faut pas nous dissimuler qu'elle est moins bien disposée que mon père. Et ce serait très grave si elle ne voulait pas tout de suite, parce que, quand elle a dit non, c'est non.
DE MÉRAV.
Il me semble pourtant que dans une circonstance de cette gravité, monsieur de La Baudière devrait être le seul juge. Madame de La Baudière n'est pas votre mère, elle n'est que votre bellemaman.
LUCIENNE
En eiïet, mais elle m'a élevée avec autant de dévouement que si j'étais sa fille.
DE MÉRAV.
Ab ! c'est une femme excellente, je ne dis pas le contraire, et très remarquable. JVlais votre père n'a donc pas de volonté?
LUCIENNE
Si, il en a une, seulement c'est celle de ma mère.
''Entre madame de La Baudière.)
12 LA r.lIAIEI AINH