SCENE VII
Les Mêmes, madame GRÉCOURT.
MADAME GRÉCOURT
Bonsoir, mes enfants. Je vais me coucher. Je dois (Hre levée demain de bonne heure... (Elle ra
à sa fille et l'embrasse. Mnrianne se jetle dans ses bras et l'embrasse violemment en pleurant.) Eli bien! qu'est-CC qUC tu as?... Gomment?... tu pleures... (Elle reçjarde
Maurice.) Ah! je savais bien qu'il y avait quelque chose ! Qu'y a-t-il donc, mes enfants? Qu'y a-t-il donc? Parlez! (A Marianne.-) Parle... voyons!
MARIANNE, en larmes.
Je ne peux pas, je...
MADAME GRÉCOURT
Mais, c'est donc grave?
Autant vous le dire tout do suite.
MARIANNE
Maurice!
MAURICE
Nous nous sommes aperçus, Marianne et moi, que la vie commune était devenue impossible...
MADAME (IRÉCOUI! T. iinlrrrnmpanl hnisqiiemenl.
Qu'est ce que vous me racontez-là? Vous vous moquez de moi, n'est-ce pas !... C'est une plaisanterie!... Non! c'est sérieux?
284 l'adveusaihe
MALlUCi:.
Très sérieux ; et nous avons décidé de nous séparer... et de divorcer ensuite...
MADAME GRÉCOURT
Vous voulez divorcer?... Divorcer!...
MAURICE
Tous les torts sont de mon côté, je le reconnais, tous...
MADAME GRÉCOURT
Ce n'est pas une raison, d'abord... rMiani i) Marianne.) Voyons, qu'cst-cc qu'il a fait ton mari'^ Il a une maîtresse? C'est ça?
iLVRIAXNE. ,-(('ec ihierreiiicul.
Que veux-tu que je te dise de plus? Nous divorçons... c'est convenu, c'est irrévocable... Ça arrive tous les jours.
MADAME GRÉCOURT
Ça n'est jamais arrivé dans notre famille.
MARIANNE
Enfin! puisque Maurice ne m'aime plus, autant divorcer!
MADAME GRÉCOURT
Voilà un raisonnement ridicule... (Allant à Maurice.) Dites-moi, mon ami?... Tout cela ne me paraît pas définitif... Votre femme vous pardonnera si vous savez vous y prendre...
MAURICE
Je ne crois pas.
MADAME GRÉCOURT, vivement.
Mais, je m'en charge, moi !... i Revenant it Marianne.)
Mon enfant, tu vas me faire le plaisir d'aller te jeter au cou de ton mari et de lui pardonner immédiatement toutes ces petites histoires...
(En parlant, elle a poussé légèrement Marianne du côté de son mari. Marianne se trouve ainsi entre elle et Maurice.)
actf; IV, SCÈNE VII 285
MAHIAXNE.
N'insiste pas, maman, c'est impossible.
MADAME GRÉCOURT
Comment ! c'est toi qui refuses ! Et pourquoi ? par orgueil, j'en suis sûre, par cet orgueil que vous avez toutes maintenant... On dirait, ma parole, qu'il n'y a que vous qui ayez été trompées. Mais nous aussi, nous l'avons été... Et ça ne nous amusait pas plus que vous!... Seulement, nous avions le respect du mariage et nous considérions comme un de nos devoirs de femme et d'épouse de supporter avec dignité toutes les petites trahisons courantes de nos maris... Mes enfants, vous ne savez pas le chagrin que vous me faites!... Réconciliez-vous... Il n'y a rien d'irréparable là dedans... On ne brise pas une famille pour ça !
MARIANNE, qui se trouve près de Maurice à ce moment, bas à celui-ci.
Maurice! une dernière fois, je t'en supplie!...
(Maurice reste immobile.)
MADAME GRÉCOURT
Ah ! si c'est la femme qui trompe, c'est autre chose !...
MARIANNE, se retournant vicement avec un petit cri.
Oh!
MADAME GRÉCOURT
Alors, tant pis pour elle ! Elle a choisi un autre homme que son mari!... qu'elle le suive!... qu elle soit heureuse ou malheureuse avec lui, ça la regarde. Nous disons à nos maris que leur faute vaut la nôtre, et nous avons raison de le leur dire, ça les fait réfléchir et ça peut les arrêter quelquefois, mais à part nous, nous savons à (jugI nous en tenir. La preuve, c'est que nous aimons davantage ceux à qui nous pardonnons et
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que nous finissons toujours par mépriser ceux qui nous pardonnent! Est-ce votre avis, Maurice?
MAURICE
Tout à fait.
MADAME GRÉCOURT
Alors, j'espère que vous allez réfléchir, et que demain vous serez devenus raisonnables tous les deux... Bonsoir, mes enfants.
(Elle sort après avoir embrassé sa fille et serré la main de son gendre. :