ACTE I, SCÈNE VI
ser. Eh bien, au fond, malgré ton argent et ton luxe, tu n'es tout de même qu'un déclassé.
PIÉGOIS.
Les déclassés sont tellement nombreux qu'ils commencent à former une classe, — qui a, comme toutes les autres, ses riches et ses pauvres, ses vainqueurs et ses vaincus. Mettons que je sois le déclassé riche et arrivé...
Tu n'exerces pas une profession avouable. Tu exploites tout bonnement les imbéciles.
PIÉGOIS.
Si Ion n'exploitait pas un peu les imbéciles, il y en aurait trop.
LEBRASIER.
Un homme de ton instruction pouvait aspirer à autre chose. Ça te regarde, chacun son goût... Moi, si je mène une existence médiocre, j'ai au moins la consolation de n'être pas sorti de mon rang, ni de mon milieu. Toi, tu es condamné à vivre parmi des gens suspects et interlopes. Tu diras ce que tu voudras : il y a un monde maintenant où tune pénétreras plus.
PIÉGOIS.
(Juand j'éprouverai le besoin d'y pénétrer, mon petit Lebrasier, ce ne sera pas aussi difficile que tu le crois. Mais je n'en ai aucune envie pour l'instant.
LEBRASIER.
Tu fais bien... Remarque que je ne te dis pas cela pour t'offenser. Je suis enchanté de notre rencontre.
324 MONSIEUR PIÉGOIS
LE VALKT DK PIED, cntraul du cainnt'l île Pi(''<juis, à Piéf/oix.
Madame fait demander à Monsieur si elle peut aller faire un tour aux petits chevaux?
PIÉGOIS.
Oui, oui... qu'elle vienne...
(Sort le valet de pied.)
LEBRASIEU.
Et cette petite ouvrière qui avait quitté ses' parents pour te suivre, qu'est-ce qu'elle est devenue, la pauvre fille? Elle vit toujours?
PIÉGOIS.
De plus en plus.
LEBRASIER.
Tu l'as quittée, naturellement?
PIÉGOIS.
Non, je ne l'ai pas quittée, pour qui me prendstu ? Tu vas la voir.
LEBRASIER.
Je me la rappelle très bien... Elle était maigre, maigre!... Ah ! la malheureuse !...
(Entre Emma, boulotte, vêtue d'une façon assez voyante, grand chapeau.)