‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 4)Chapitre 224 sur 289 · ACTE I, SCÈNE XII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XII

Je n'en reviens pas... Je le prenais pour le plus pur gentleman. Quelle déception !

JAXTEL.

Oui... voilà le gentleman que Louise allait te présenter... (A sa femme:) Ta manie du jeu et les bizarres relations que tu t'es faites ici finiront par tentraîner dans des histoires d'une inconséquence !

MADAME JANTEL.

Piégois est ta bête noire.

JANTEL.

Il m'est fort indifférent. Je parle en général.

MADAME JANTEL.

Oh 1 mon Dieu ! il n'exerce pas une de ces professions qui conduisent à l'Académie ; mais tu es peut-être obligé de coudoyer, dans les affaires, des gens qui ne le valent pas.

JANTEL.

Tu exagères...

HENRIETTE

Mon frère a raison.

MADAME JANTEL.

Votre frère a toujours raison, ma chère, je le sais. C'est moi qui suis une folle!

HENRIETTE

Mais, vous n'allez pourtant pas comparer...

Je ne compare rien. Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas... Je ne prétends pas qu'il faille inviter Piégois à dîner, ni le recevoir chez nous...

342 MONSIEUP PlIifiOIS

JANTEL.

C'est heureux.

MADAME JANTEL.

Mais c'est un homme parfaitement élevé... je répète... parfaitement élevé, et je ne me crois pas déshonorée pour échanger, de temps en temps, quelques mots avec lui... Avec ça que, dans les villes d'eaux, on est si délicat sur le choix des relations!... Est-ce que tous les mondes, aujourd'hui, ne sont pas plus ou moins mêlés? Et dans nos propres familles, est-ce que nous n'avons pas toutes sortes de gens qui ont mal tourné?

HENRUiTTE.

Pas dans la nôtre.

MADAME JANTEL.

Quelle drôle de fierté vous avez!

HENRIETTE

Ce n'est pas de la fierté, c'est de la satisfaction... Oui, je suis très heureuse qu'il n'y ait dans notre famille que d'honnêtes gens et des ménages propres ; comme le vôtre, ma chère Louise, qui êtes la meilleure créature et la plus droite que je connaisse. Il m'est infiniment agréable, je l'avoue, que nous n'ayons rien à nous reprocher, les uns aux autres, pas une vilenie à cacher et pas un scandale à craindre.

Attendons la fin... Venez-vous?

JANTEL.

Non, je vais prier Henriette de i^ous laisser rentrer à la maison tous les deux, parce que j'ai à te parler.

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