ACTE III, SCÈNE IV
on est si sûr de son honnêteté, on ne la crie pas. Je suis probablement pins honnête que lui, moi ! Est-ce que je le dis?. . . En somme, je serais enchanté que tu épouses Henriette, maintenant, enchanté, enchanté... oui... oui... ce serait excellent... Je t'y aiderai de toutes mes forces ! Et, en y réfléchissant mieux, en me rappelant certaines attitudes d'Henriette, certains mots, tu as des chances!
PIÉGOIS.
Non, non ! Et je suis un fou de te consulter làdessus ! Est-ce que tu peux savoir?... Si ce qu'elle m'a dit, ce qu'elle m'a jeté à la figure, elle ne lavait pas pensé profondément, est-ce qu'elle ne m'aurait pas écrit à Paris? est-ce qu'elle ne m'aurait pas revu déjà!... Non, je suis toujours pour elle un être louche et suspect. Et elle trouve peut-êire que c'est très honorable et très flatteur pour moi d'avoir sauvé son frère ! car je l'ai sauvé à coups d'argent, tu entends? en quinze jours, en risquant dix fois ma propre fortune, avec une espèce de rage qui me faisait souhaiter de nous voir sombrer tous les deux? J'ai fait des prodiges! J'ai tenu ce malheureux, qui se noyait, à bout de bras, la tête hors de l'eau... Ah ! c'est un pauvre être!... Et ça, crois-tu qu'elle le saura jamais? Crois-tu qu'il le lui ai dit?... Et d'ailleurs, non, je ne veux pas qu'elle devienne ma femme pour ca ! qu'elle m'épouse pour services rendus à sa famille ! et qu'elle arrive à avoir pour moi un amour tranquille, mélangé de reconnaissance... et de pitié!... Ah ! non... Au fond, vois-tu, c'est une femme sans grandeur et sans race...
LEBUASIKH.
Tais-toi donc ! Pu ne penses pas un mot de ce que tu dis !
422 MONSiicrit i'ii':(,()is
PIÉGOIS.
Elle n'a pis tout ce qui me Tavait lait aimer aVec passion et que je n'ai jamais rencontré chez aucune femme, et qui n'est pas plus chez elle que chez les autres I Tiens! Emma a plus de hauteur d'àme... c'est une créature plus rare... Mais oui... mais oui !... Et j'étais prêt à la sacrifier comme une pauvre petite bête, sur un clin d'œil, sur un geste de l'autre ! Voilà à quel degré de misère, d'asservissement, j'en étais arrivé, à songer au suicide comme un amoureux des temps romantiques, moi, Piégois !... Ah ! que j'ai bien fait de te dire tout cela ! Il me semble que je me retrouve !...
LElîUASIER.
Et qu'est-ce que tu vas faire?
PIÉGOIS.
Ce que je vais faire, Lebrasier? Je vais redresser ma vie d'un coup de barre ! je vais mettre, entre cette femme et moi, la barrière délinitive !...
LEBliASIEl!.
C'est-à-dire?
Je vais lui montrer que je ne suis pas tout à fait disposé à mourir d'amour pour elle !
LlîBUASIEU.
A qui vas-tu montrer ça?
PIÉGOIS.
A madame Audry.
lebUasieu.
Et comment vas-tu le lui montrer?
PIÉGOIS.
Comment ?