ACTE II, SCENE VIU
IMon oncle, lui, est un homme exquis, n'est-ce pas?
JOSSAN.
Et il vous aime beaucoup.
THÉRÈSE
Eh bien! monsieur, comment trouvez-vous Sauveterre?
JOSSAN.
Je vais vous donner mon opinion en vous l'achetant tout de suite. Quel prix désirez-vous le vendre?
THÉRÈSE
Hélas! monsieur, franchement, je suis incapable de vous répondre... J'avais de sa valeur une idée que mon notaire a détruite brutalement. Vous seriez plus sûrement lixé en le voyant luimême. Je lui ai laissé mes pleins pouvoirs.
JOSSAN.
J'aime bien mieux discuter avec vous qu'avec lui. D'abord, j'ai horreur des notaires.
THÉRÈSE
Ah!
JOSSAN.
Je vous raconterai un jour mes histoires de notaire, elles sont à faire frémir. Les meilleurs compliquent et ralentissent tout, et on n'a qu'à leur conlier l'affaire la plus simple pour qu'ils la rendent subitement incompréhensible. Si je m'adresse à votre notaire, nous en avons pour deux mois. Ce seront des expertises, des devis à faire iiausser les épaules. Tandis qu'à nous deux, nous allons arranger cela immédiatement. Et vous allez voir comme (;a va être facile.
/* LA CHATELAINE
THÉRÈSE
Oh! de mon côté, croyez bien...
(Elle s'iirrèle einharrussée.)
JOSSAN, riitiit.
Oui... oui... je vois... Vous avez en ce moinentci celte petite peur des chilfres qui est délicieusement féminine, et vous n'avez pas l'habitude du marchandage. Comme je vous comprends! Nous allons adopter un système que je crois excellent. Voyons, quelle est la dernière estimation de Sauvelerre?
THÉRÈSE
Je n'ose pas vous le dire, parce qu'elle serait tellement avantageuse pour moi...
.lOSSAN.
Mais encore !
TU Kl! Es i:.
Dans ma îlot, Sauveterre a été estimé trois cent mille francs.
.lOSSAN.
Oui. Et vous le céderiez encore pour ce prix-là?
THÉUÈSi:, souriant.
Oui, certes... mais...
JOSSAX.
Vous voyez que ce n'était pas la peine de déranger le moindre officier ministériel.
THÉRÈSE, sluiK'fuiUr.
Gomment?
JOSSAN.
Vous désirez trois cent mille francs de Sauveterre. Je vous en donne trois cent mille francs. De cette façon, nous n'aurons pas de discussions pitoyables et désobligeantes pour quelques billets de banque de plus ou de moins.