ACTE II, SCÈNE XIH S
JOSSAX.
Je vais vous expliquer... Ce n'est pas à cause (le la vente de Sauveterre. Mais figurez-vous, et je vous demande pardon, moi aussi, de ce que je vais vous dire... Figurez-vous qu'elle et madame de La Baudière avaient fait le projet sournois de me faire épouser la jeune Lucienne ; et maintenant que nous sommes en rapport, elles ont une peur affreuse que je ne devienne amoureux de vous. Voilà ce grand mystère.
THÉRÈSE
Ah ! je comprends.
JOSSAN.
Tiens !...
THÉRÈSE
Et c'est pourquoi, monsieur, je vous prie plus instamment encore, je vous supplie de reprendre ce papier ou de me permettre de le déchirer. Je ne peux plus accepter.
JOSSAX.
Mais je ne veux pas... C'est impossible... (juoil... Il suffirait de quelques paroles aigres d'une personne aussi malveillante que madame de La Baudière pour vous impressionner à ce point et me faire, à moi, un si grand chagrin, oui, un très grand chagrin, car je croirai que tout cela arrive par ma faute, parce que j'ai été imprudent et maladroit.
TIIKKÈSK.
Oh! non, ne le croyez pas... J'aurai toujours pour vous la reconnaissance la plus vive; je garderai toujours de nos relations, le souvenir le plus délicat.
.lOSSAX.
Ce n'est pas votre reconnaissance que je veux;
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c'est votre amitié. Vous me Favez promise, tout à l'heure, vous me l'avez doniioe; elle est déjà entrée en moi comme une habitude délicieuse, il ne faut pas me la retirer. Et vous même, aujourd'hui dans votre solitude, n'avez-vous pas besoin d'un ami sincère? Ou'allez-vous devenir? Quand on songe qu'il n'y a personne autour de vous qui puisse vous défendre, ni même vous donner un conseil? Vous êtes dans une situation qui serait déjà difficile pour un homme énergique, mais qui est impossible pour une femme comme vous. C'est à cela que je pense depuis que je vous ai vue, c'est à cela que je pensais surtout il y a un instant, en vous voyant là, devant cette table, un peu effarée et si ignorante de toutes les choses dures et dangereuses de la vie!... Ces choses, moi je les connais mieux que vous, j'ai lutte contre elles, j'en ai été quelquefois victorieux. Vous, elles vous écraseraient. Et c'est ce que je ne veux pas ! Cette idée que vous seriez de nouveau malheureuse, je ne peux pas la supporter. Alors vous devinez ce que je n'ose pas vous dire aujourd'hui, n'est-ce pas?
THÉRÈSE
Non, non, ne le dites pas... Ce serait un gran<l malheur, vous vous trompez...
JOSSAN.
Non, non... Je ne me trompe pas. L'amour m'est venu trop vite et il m'a trop brusquement éclaté dans le cœur pour que j'en doute..,
THÉRÈSE
Vous vous trompez... Vous vous trompez... Ce que vous prenez pour l'amour n'est que la sympathie, que l'intérêt que vous inspire une femme seule et un peu triste... et comme vous