ACTE 11, SCÈNL: XIII
êtes très bon, ce sont les circonstances où nous nous sommes rencontrés, surtout, qui vous ont touché.
.TOSSAN.
Non, non, ce que je prends pour l'amour, c'est iuen l'amour ! Et c'est lorsqu'il vient ainsi tout d'un coup qu'il est le plus fort. Est-ce qu'il n'arrive pas que deux êtres se rencontrent dans un paysage gracieux, d'une façon imprévue?... Ils se regardent, l'émotion vient et les voilà amants. Nous, ce n'est pas dans un lieu pittoresque que nous nous sommes rencontrés, mais dans la réalité de la vie qui a aussi sa grandeur. C'est elle et non l'illusion ou le mensonge qui a créé mon amour, et elle l'a créé ardent et durable, je vous le jure!
THÉRÈSE
Oh! je suis horriblement troublée. Eloignezvous... éloignez-vous... Laissez-moi. Ne me demandez jamais que ce que peut donner l'amitié la plus dévouée, la plus tendre...
JOSSAX.
Ce que peuvent donner le dévouement et l'amitié, l'amour le donne par-dessus le marché. Ah ! je sens que si vous ne deviez pas m'aimer un jour, mon travail serait désormais sans but, ma vie serait inutile et gâchée!...
TIlÉutSE.
La mienne, à moi, est gâchée depuis longtemps, et elle n'est pas à refaire.
JOSSAX.
Mais, malheureuse, elle est commencée à peine puisqu'elle ne vous a encore donné que des déboires et de la tristesse. Maintenant, elle vous doit de la joie et elle vous paiera largement. La vie est très généreuse (juand on a confiance en elle.
92 I,.V C.llATICI.AINI-;
THÉRÈSE
Il y a ontrp nous des obstacles insurmontables.
Je suis mariée... Sur un mouremenl d'André. Oui, jc
vais être libre... c'est vrai... Mais quelle liberté!... Quand je n'aurai plus de mari, j'aurai tout de même mon enfant, un enfant qui a besoin de moi, de tout moi, et que vous ne pourriez pas aimer.
JOSSAN.
Mais je l'aime déjà!... Nous relèverions très bien, nous en ferions à nous deux quelqu'un qui ne serait pas un imbécile, je vous le promets. Non, non, ne cherchez plus, rien ne peut plus nous séparer que notre démence.
THÉRÈSE
Tout nous sépare, au contraire : votre famille, vos habitudes, que sais-je? .. Et tant de considérations que vous savez aussi bien que moi. Et tous les gens que nous froisserions, que nous irriterions autour de nous !
Dès que l'on est heureux, il y a toujours des gens que cela indigne. Mais je le sais pourquoi vous refusez, pourquoi vous luttez peut-être contre vous-même! C'est parce que je suis riche et que vous êtes pauvre, et ce n'est pas pour d'autres raisons. Vous avez peur d'être accusée d'intrigue et de duplicité, vous si intelligente et si loyale! Mais, l'important, c'est que nous nous connaissions nous deux, c'est que nous sachions, moi, qui vous êtes, vous qui je suis. Le reste n'existe pas. Eh bien! oui, je suis riche et si je ne l'avais pas été, nous n'aurions probablement jamais échangé deux paroles, jamais je ne vous aurais rencontrée, jamais je ne vous aurais aimée.