ACTE III, SCÈNE VIII
séparation ne sera pas longue!... Je te reviendrai; je serai h toi bientôt...
(Elle tombe dnnf! ses bras.) JOSSAN.
Et puis, nous ne sommes pas encore séparés, c'est moi qui te le dis. Attends, attends ! Qu'est-ce qu'il veut cet homme-là? De l'argent?
TIIKRKSE.
Oh ! non, ce n'est pas un homme comme ça!...
Alors, qu'est-ce qu'il réclame? pourquoi est-il venu?
TIIKHKSE.
Par haine de vous, oui, par haine de vous, André, qu'il ne connaît pas... Par jalousie, par envie, par horreur de nous voir un jour heureux, plus heureux que lui. Il me l'a dit, il n'y a pas d'autre motif, car il ne m'aime pas, il ne m'a jamais aimée.
JOSSAN.
Quel imbécile, quel sauvage imbécile? Enlever un enfant, maintenant, comme dans un romanfeuilleton... Est-ce bèt" ! Sans compter que si on le lui laissait, il ne saurait pas où le mettre, il serait le premier embarrassé et il viendrait tout de suite vous supplier de le reprendre. Mais qu'est-ce qu'il peut espérer, ce monsieur? Il a la l)rélcntion de f^arder une femme et un enfant de force, aujourd'hui, avec les moyens do locomotion qu'il y a! Alors, quoi? 11 a commis cette action qui serait la plus ignoble, si elle n'était la plus stupide, pour rien, pour le plaisir de vous voir soull'rir un peu plus? Pour satisfaire un caractère violent et envieux? Mon Dieu! mon Dieu!
1 IC) I \ 1 II \ I ki.aim:
que les liommcs se fassent du mal, je le veux bien, mais au moins que ça leur serve à quelque chose ! Et il croit que nous allons le laisser faire? Non, pas celle fois-ci, une autre fois ! Tenez! moi, il n'y a que ces gens-là qui m'exasp?'ront ! Je n'aurai pas de colère contre un malfaiteur qui essaye de vous dévaliser ou de vous égorger par intérêt, mais ces êtres qui courent après les gens heureux pour aboyer et pour mordre, comme des roquets, sans prolit pour eux, uniquement parce qu'ils ont l'instinct de mordre et d'aboyer, qui semblent créés tout exprès pour vous gâter les rares heures de joies qu'on peut avoir dans la vie,
ma parole, ils sont à tuer \... (Chanc/eant de ton.)
Bon, voilà la première fois que je me mets en colère depuis dix ans. J'en avais besoin, ça m'a fait beaucoup de bien, je suis très content. A présent, nous allons avoir le plus grand sang-froid et battre tout ça à plate couture, n'ayez aucun doute à ce sujet. Et d'abord, il ne faut pas partir, il faut le laisser partir, lui 1... Et vous allez rester ici, ne pas bouger et ne pas tomber tête baissée dans un piège !
THÉRÈSE
Oh! mon ami, mon ami, réfléchissez? Je vous en supplie, ne me rendez pas notre séparation plus alfreuse, en me demandant une chose que je ne peux pas faire! Lutter! mais comment! Il est le plus fort! Nous aurons beau lutter, nous débattre, est-ce qu'il ne faudra pas nous résigner? finir par nous résigner... !
JOSSAX.
On ne doit se résigner qu'au bonheur. Moi, je ne me suis jamais résigné à autre chose et je ne vais pas commencer aujourd'hui. Ecoutez, Thérèse, je ne viens pas comme un amant emporté
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VOUS (lemcinder de tout quitter pour me suivre^, de briser, pour être à moi seul, tous les liens et tous les devoirs. Mais je ne le voudrais pasl... Je ne l'accepterais pas! Car cela nous ferait un amour troublé et inquiet, un amour sans joie, et l'amour doit être joyeux! Xon, ce que je vous demande, c'est d'avoir un instant, en moi qui vous aime, la belle confiance, la confiance entière et totale! Parce que je vous jure que nous serons vainqueurs, parce qu'il y a des choses si odieuses et si inutiles quelles ne durent que si tout le monde se courbe lâchement devant elles. Nous avons affaire à des méchants et à des imbéciles; les méchants et les imbéciles sont dangereux, mais ils ne le sont pas longtemps. Ils foncent sur vous, mais si on leur résiste, ils s'enfuient. Car ils n'ont pas de volonté, ils n'ont que de la violence... Thérèse, je vous rendrai votre enfant, je vous le rendrai... J'en suis sûr... Regardez-moi, j'en suis sûr! Veux-tu me regarder... je te dis que j'en suis sûr. Mais pour cela, il faut m'obéir si vous m'aimez et surtout il ne faut pas tout abandonner comme vous alliez le faire, notre amour et notre bonheur, au premier geste de menace!
TIlKRÉSt;.
Oh! André! André!... C'est vrai que je n'ai pas été bien brave!... J'allais presque vous trahir! Mais c'est un coup si cruel!... Je m'y attendais si peu... J'ai perdu la tète...
.lOSSAX.
Ma chérie, vous avez été ce que vous deviez être... Vous avez été chancelante, vous avez tremblé devant la brutalité et la bctise. Mais cela n'est pas vilain et c'est ainsi que doivent être les femmes, afin que ceux qui les aiment puissent
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les défendre. Nous allons donc organiser une défense héroïque.
TIlKRKSi:, /((/ prrii.iiit la iii.iiii.
Mon Dieu! Qu'est-ce (]uo je deviendrais sans vous?...
J'en frémis... Mais aussi vous m'avez et tout est là. Alors, on n'a plus peur?...
TIlKHKSi;.
Non... Non...
.lOSSAX.
Quoi qu'il arrive, on ne s'affolera plus?
THÉRÈSE
Non.
.lOSSAN. souriant.
Et tu crois fermement que nous gagnerons la bataille?
TIIÉRKSE.
Oui.
JOSSAN.
Eh bien! alors, nous la gagnerons !
THÉRÈSE
Que vais-je dire à ma tante?
JOSSAN.
Madame de La Baudière?
THÉRÈSE
Oui!
JOSSAN.
Elle doit venir ici?...
THÉRÈSE
Elle est ici.
Elle avait accompagné votre mari?...
THÉRÈSE
Oui.