ACTE IV, SCÈNE X 1 4o
GASTON
Epargnons-nous des paroles inutiles, voulezvous? Vous vous êtes depuis quelque temps mêlé à ma vie d'ane façon directe et malfaisante. En tout cas, je la considère comme malfaisante, c'est Tessentiel... Je vous en demande raison... Je suis dans un état d'esprit tel que si vous refusiez de vous battre, je vous y contraindrais... (Juand un homme comme moi tient absolument à se battre avec un homme comme vous, il y arrive toujours, c'est facile.
JOSSAX.
Monsieur, j'ai eu un assez grand nombre de duels, et la plupart pour des motifs insignifiants. Depuis, il s'est fait dans mon esprit certains changements dont je ne dois compte à personne. La vie humaine, qui me semblait de peu d'importance, aussi bien celle de mon adversaire que la mienne, m'est apparue comme une chose beaucoup plus sérieuse, depuis que j'ai découvert qu'on pouvait en faire un assez bon usage. Et je me suis promis de ne plus la risquer que pour un but qui en vaudra la peine, ou si j'ai offensé quelqu'un si gravement qu'il me soit impossible de lui accorder une autre réparation que de risquer nos deux existences l'une contre l'autre. X'eaillez donc me dire quelle offense je vous ai faite? (juand je saurai ce que je vous dois, je vous paierai, pas avant.
GASTON
Oui... oui... vous avez le calme et linsolonce d'un homme heureux!... Moi, je n'ai pas mon sang-froid, j'ai la fièvre, vous en profitez!... Mais, à part vous, vous savez bien dans quelle situation nous sommes tous les deux... Vous savez bien pourquoi je veux me battre! pourquoi
14f) l.A CIIATI- t.AlNi:
je me battrai, vous entendez? La mort de Tun de nous arrangera tout, mais il n'y a que ça, il n'y a que ça!...
JOSSAN.
Oh! c'est un bien gros mot, la mort!... On ne tue pas les gens avec cette simplicité. Moi, j'ai été blessé une fois là, et une fois là! (// (lé^iijne son brus et son ai\ini-bras.) J'ai traversé uuc cuisse et j'ai piqué deux fois le bout des doigts à mes adversaires, ce qui leur a fait très mal. Mais je n'ai jamais tué personne et je n'ai pour ainsi dire jamais été tué... Le seul duelliste vraiment dangereux, c'est le hasard... Celui-là extermine les gens au moment où ils s'y attendent le moins, mais dès qu'on veut faire ça soi-même, ça devient très difficile... Tiens! je le crois fichtre bien, que la mort de l'un de nous arrangerait tout, principalement pour celui qui mourrait; mais la légère piqûre à la main, qu'est-ce qu'elle arrangerait, la piqûre à la main?
GASTON
On aura mieux, soyez tranquille.
JOSSAN.
Outre que vous vous battriez très mal dans l'état où vous êtes... Vous vous imaginez que vous avez la rage au cœur; que vous m'en voulez mortellement... Mais non, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas à moi que vous en voulez, c'est à vous, à vous seul !
Taisez-vous ! Je vous défends de continuer. De quoi vous mêlez-vous?
JOSSAN.
Comment! De quoi je me mêle? Vous êtes prodigieux!... Vous venez vous jeter sur moi et