‹ Théâtre complet. Vol. 1-8Chapitre 141 sur 237 · ACTE III, Sr.KNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, Sr.KNE VI

LE HOUSSEL.

Pardon. Seulement, je suis un galant homme qui vous a parlé comme on parle à une époque de décadence... Vous, vous me répondez comme aux âges héroïques, voilà oià est le malentendu.

HÉLÈNE

Si vous aviez été véritablement un galant homme, Le Houssel, je vais vous dire ce que vous auriez dû faire.

LE HOUSSEL.

Je serais curieux de le savoir.

HÉLÈNE

Eh bien! quand je vous ai demandé ces trois cent mille francs, comme à un camarade, ces trois cent mille francs qui ne sont rien pour vous, vous auriez dû, sachant pourquoi il me les fallait, me les donner immédiatement; ensuite vous auriez dû, me connaissant comme vous me connaissez, ne pas me parler de votre amour, ni ce jour-là, ni le lendemain, ni jamais; et plus tard, lorsque vous seriez devenu vieux et décati, encore plus décati que maintenant, vous auriez pu vous dire : « Oui, c'est vrai, j'ai mené une vie imbécile, et je ne me suis servi d'une fortune énorme que pour forcer des femmes, qui n'en avaient pas envie, à faire semblant de m'aimer. Mais, au moins, une fois, j'ai été vraiment très chic. Une femme, une femme gentille m'a donné la plus grande preuve de confiance qu'une femme puisse donner à un homme : elle est venue m'emprunter de l'argent pour sauver son mari. Cette femme, je la désirais ardemment, et 1 idée m'est venue tout à coup d'abuser de sa situation. Mais je me suis rappeh} qu'elle était non seulement gentille, mais honnête. Alors, j'ai compris

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que j avais là une occasion exceptionnelle do faire quelque chose de très bien. Je me suis tu, et j'ai rendu le service qu'on attendait de moi, simplement, le sourire sur les lèvres. Et aujourd'hui, je ne le regrette pas, car cela m'a créé un souvenir comme il n'y en a pas beaucoup dans les existences des bambocheurs. » Voilà ce que vous auriez dû faire, Le Houssel, si vous aviez été véritablement un galant homme!

LE HOUSSEL, après un silence.

Il n'y a pas à dire, je me suis conduit comme un saligaud!

HÉLÈNE

Adieu, Le Houssel!

LE HOUSSEL, at^er véhémence.

Je ne men irai pas !... Vous m'entendez, je ne m'en irai pas avant que vous ne m'ayez pardonné!

S'il ne vous manque que ça, je vous pardonne.

LE HOUSSEL.

Pas de cette façon. 11 faut me pardonner sincèrement, sans arrière-pensée, et il n'y a qu'une façon de me montrer que vous me pardonnez sans arrière-pensée, c'est d'accepter cet argent!... C'est moi qui vous supplie de l'accepter maintenant.

HÉLÈNE

Jamais de la vie ! Pour que demain vous vous croyiez des droits et que vous m'accusiez d'être déloyale !

LE HOUSSEL.

Je vous jure que je ne vous reparlerai de ma vie de cet... incident... de ce maudit incident... J'oublie tout ce que je vous ai dit, je l'oublie,

ACTI-; m, SCÈNE VI 255

c'est fini... Et je vais vous donner le chèque tout de suite, vous entendez; car j'allais justement porter de l'argent à une personne, et j"ai mon carnet de chèques sur moi. (il lire un c.imei de sa poche et va au peiu bureau.) Dounez-moi de quoi écrire.

HÉLÈNE

Je n'ai plus confiance en vous!

LE HOUSSEL.

Si vous persistez à refuser, je suis capable de l'aire un malheur.

Oh!

LE HOUSSEL.

Oui... Je prendrai ces trois cent mille francs en billets de banque, vous m'entendez, en un gros paquet de billets de banque, je descendrai dans la rue, et la première femme laide, très laide que je rencontrerai, je me mettrai à genoux devant elle et je les lui offrirai. Et on m'enfermera. Et c'est vous qui en serez la cause.

HÉLÈNE

Que voulez-vous ? Je ne peux pas croire à la sincérité de votre repentir.

LE HOL^SSEL.

Mais pourquoi? Pourquoi à la fin ?... Est-ce que, à part l'incident que nous oublions tous les deux, je n'ai pas toujours été correct vis-à-vis de vous? Est-ce que je ne me suis pas toujours comporté en nomme du monde? Vous l'avez reconnu vous-même souvent... Je faisais vos commissions aux courses... Quand vous vouliez une loge au théâtre, c'est à moi que vous vous adressiez... J'étais votre ami, et la première fois que je vous demande de faire quelque chose

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pour moi, vous me refusez ! C'est mal ! c'est très mal ! l^renez, prenez... un bon mouvement,

voyons... (Hélène ne prend pas le chèque.) D'ailleurs, je

vais aller l'offrir à Herbaut tout simplement. Où est-il, ce bon Herbaut?

HÉLÈNE

A la Douillette ! Victime des machinations de

LE HOUSSEL, Indigni-.

A la Douillette? Et pendant ce temps-là, moi. Le Houssel!... Oh! oh! oh!

HÉLÈNE

Vous voyez les remords que vous vous prépariez.

L1-: HOISSEL.

Le voici, le chèque, le voici. Vous l'offrirez à votre mari de ma part et vous aurez la générosité' de ne jamais lui révéler Linconvenance que j'ai commise.

HÉLÈNE, radoucie, mais .saii.t prendre le chenue.

Et c'est d'autant plus absurde. Le Houssel, que vous ne m'aimez pas du tout !

LE HOUSSEL.

Oh!

HÉLÈNE

Vous ne pouvez pas m'aimer, c'est impossible, vous aimez les femmes bruyantes, tapageuses, moi, je suis plutôt calme. Vous aimez les toilettes excentriques, moi, je m'habille très simplement, avec élégance, mais très simplement. Vous avez en horreur les femmes mariées, vous leur avez toujours préféré les cocottes. Votre vie tout entière est là pour le prouver. Je ne réunis donc aucune des qualités que vous recherchez

chez la femme, et voilà pourquoi il est impossible que vous ai'aimiez... Reconnaissez-le vousmême, Le Houssel, vous ne maimez pas, vous avez rêvé !

LE IIOL'SSKL.

Eh ! bien, oui, lu... c'est vrai... j'ai rêvé, je ne vous aime pas, je ne vous ai jamais aimée, je ne vous ai jamais parlé d'amour. J'ai été la proie d'une hallucination. Etes-vous contente '^ Mais faites-moi la grâce de me dire que je suis redevenu un galant homme.

HELENE, un temps.

Vous êtes redevenu un très galant homme, Le Houssel, et je vous remercie du service que vous me rendez.

(Elle prend le chèque que lui tend Le Houssel.) LE HOUSSEL.

Ce n'est pas la peine d'en parler. Toutes mes amitiés à votre mari.

HÉLÈNE

Je n'y manquerai pas,

LE HOUSSEL, prenant congé.

Chère madame... (A pari, en sortant.) Voilà une sensation qu'un homme qui n'aime pas donner de l'argent aux femmes ne connaîtra jamais !

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