‹ Théâtre complet. Vol. 1-8Chapitre 25 sur 237 · ACTE I, SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XIII

BRIDEL

Tu es heureux d'avoir cette nature.

LEVERQUIN.

Tu es donc jaloux, toi?

BRIDEL

Ce n'est pas de la jalousie, c'est de l'énerveiiient. Pendant cinq ans, je n'ai pas songé une -oconde qu'il y avait des maris trompés par leur irmme. J'avais la foi. Un soir, en apercevant Lucienne et M. Toury qui échangaient un coup (lœil, un simple coup d'œil, par-dessus l'épaule (le ma belle-mère, la foi m'a quitté tout d'un coup.

LEVERQUIN.

Et elle n'est plus revenue ?

BRIDEL

Elle n'est plus revenue jamais. Je ne crois plus à la vertu de ma femme, je ne crois plus à la vertu de la tienne, je ne crois même plus à la vertu de leur mère.

LEVERQUIN.

Tu vas un peu loin.

BRIDEL

Elle me le paiera, celle-là ! Tout ce qui arrive est de sa faute.

LEVERQUIN.

Et depuis ce temps-là?

BRIDEL

Depuis ce temps-là, je suis agacé, je suis inquiet. Je n'ai plus la tranquillité d'esprit nécessaire à un homme qui est dans le commerce. Tiens! il y a des moments où j'aimerais mieux que Lucienne me trompAt une bonne fois et que ce fût fini.

LEVERQUIN.

Ohl

Chacun a son caractère. Moi, cette menace continuelle finira par me donner une maladie de nerfs. Je me sens trompé un peu tous les jours, morceau par morceau, en détail. Eh bien ! je préférerais l'être en bloc.

LEVERQUIN.

C'est un point de vue.

BRIDEL

Au moins l'on sait où l'on va. C'est une situation connue, classée, régulière. 11 n'y a plus de surprises. On adopte une solution ou une autre. On divorce ou on ferme les yeux, mais enfin, on se décide à quelque chose. Moi, je suis un individu qui a besoin de se décider et, avant qu'il soit deux jours, je prendrai une résolution.

LEVERQUIN.

Laquelle ?

BRIDEL

Je me donne deux jours pour la trouver, mais je te jure que ça ne continuera pas comme ça !

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