ACTE III, SCKNE VI 12r
LUCIENNE, xrrr.inl 1rs imiiii.s du doctfitr.
-Merci, encore, docteur.
DENOIZEAL', à Leverqiiin.
Si jamais vous avez une alTaire, je vous recommande le docteur Bluche.
LEVKRQUIN.
Monsieur a l'air d'avoir beaucoup de sang-froid.
DENOIZLAU
G"est-à-dire que je ne voudrais pas me battre, s'il n'était pas là.
BlilDEL.
A propos, Denoizeau, j'ai un petit service àvous demander.
DENOIZEAU.
Comment donc!
Vous seriez bien gentil de prendre une de mes cartes dans mon portefeuille.
DENOIZEAU.
Une de vos cartes?
BRIDEL
Dans mon portefeuille, là... dans ma poche. Moi, je suis gène.
DENOIZE.VC, prenHiil If iiorlffruillt; de Bridel.
J'en ai une.
BRIDEL
Mettez-vous à cette place, et écrivez ce que je vais vous dicter.
DENOIZEAU.
J'y suis, cher ami.
BRIDEL, s';iiii>ri)i-li;tiil di' lu l.ilile où rsl nxxis Denoizeau . l:i nn-inc ijtie celle que Lucienne écriruit loul à l'Iieure.
Ecrivez au-dessous de mon nom : Adolphe Bridel... « a l'honneur d'informer madame Varinois qu'il a été blessé légèrement au... ■> Pur
Docteur, comment s'appello exactement l'endroit où j'ai été blessé?
LK DOCTEUR
Le premier tiers de la partie externe du cubitus.
BRIDEL, CDiiliininnl ,i (licier.
« a l'honneur de prévenir madame Varinois qu'il a été blessé légèrement... »
DENOIZEAU, ikriciuil.
a ...au premier tiers de la partie externe. . »
BRIDEL
« ... du cubitus... et lui envoie l'expression de sa parfaite considération... » (Parlé.) Il faut être
correct avant tout. (Il appuie sur un timbre. — Parait la
bonne.) Descendez cette carte chez madame Varinois, de ma part.
LA BONNE, preihint In carte.
Bien, monsieur.
LEVERQUIN.
Racontez-nous comment cela s'est passé, docteur?
LE DOCTEUR
Monsieur Bridel vous le racontera mieux que moi.
ESTELLE
Adolphe, je vous en prie...
BRIDEL
Quoi?
ESTELLE
Racontez-nous le duel.
Je veux bien... Nous sommes donc arrivés à trois heures précises derrière les tribunes de Longchamp..i
ACTK m, s<;i;m-; \i 127
ESTELLK.
Vous êtes arrivés les premiers ?
BRIDEL
Le baron et ses témoins sont arrivés en môme temps que nous.
Hevienl lu boîine. par l'escalier, une carte à la main.) LA BONNE.
La réponse de madame Yarinois.
BRIDEL
Ail 1 bien. ,7/ ut.j « Madame Varinois, avec ses plus sincères félicitations... «fP.u/e. Continuons... Le baron et moi échangeons un salut plein de courtoisie...
ESTELLE
Quel homme est-ce, ce fameux baron?
BRn)EL.
Grand... bel homme, politesse raffinée... des manières comme au moyen-âge.
ESTELLE
Très chic, enfin !
Suprêmement chic .. En m'apercevant, il a souri... J'avais envie de lui tendre la main. . Je
me suis retenu... (Ace moment, la tête de madame Varinois apparaît au bout de l'escalier, donnant tous les signes
de la plus vive curiosité.'. On tire les épées au sort... C'est moi qui ai le choix. Je choisis au hasard, et on nous met en garde.
MADAME VARINOIS. .inxiciisc.
Oll !
BRIDEL, se relournant.
Hein? /-<■( Icte de madame Varinois disparait.) On noUS
met donc en garde... J'allonge le braS;.. (La télé de madame Varinois réparait.)
i:sTi;i,Li-;.
Etiez-vous ému, Adolphe?
BRIDEL
Ce n'est pas de l'émotion que j'éprouvais... — j'en éprouvais aussi, oui, — mais j'étais surtout étonné... Je me demandais : Pourquoi suis-je ici, au lieu d'être à mon bureau? — .rallonge, dis-je, le bras, les fers se croisent avec un drôle de bruit, comme si on cassait une douzaine d'assiettes.
MADAME VARINOIS.
Oh!
RRIDEL, .SX' rrloiirn.iiil encore.
Ah! çà, mais... (f.a téle de madame VHrinnis disparail.)
Et à partir de ce moment, je ne pourrais pas vous dire ce qui s'est passé... il n'y a que Denoizeau qui le sache.
DENOIZEAU.
Le combat a duré vingt-cinq minutes ; c'est très long... Bridel n'a pas reculé d'un pas. 11 se contentait de rompre de temps en temps, en tendant le bras, comme je le lui avais indiqué. Il était pâle, mais résolu. Le baron l'attaquait à petits coups, en battant le fer, et chaque fois qu'il essayait de le toucher, Bridel retirait son arme avec une adresse, un calme...
BRIDEL
Je ne savais plus où j'étais...
DENOIZEAU.
Vous avez l'instinct de l'épée. Avec le temps, vous feriez un très bon tireur. Maiutenant que vous vous êtes battu, il faudra prendre des leçons. — Enfin, le combat durait toujours. Je regardais ma montre de temps en temps et je commençais à être inquiet. Tout à coup, je vois le baron qui abaisse son épée, et fait un pas en
arrière. J'arrête le combat, je m'avance. — « Je crois avoir touché monsieur Bridel », dit le baron.
BRn)i;L.
Je n'avais rien senti.
DEXOIZEAU.
Avec sa grande habitude du duel, le baron ne s'était pas trompé. Il avait en eilet touché Bridel au poignet. Le docteur se précipite, examine la blessure, appuie...
LE DOCTEUR. ;/ /(,(;■/
C'est-à-dire que, sans moi, ça n'aurait jamais iini.
DEXOIZEAU.
Et nous nous retirons pour rédiger le procèsverbal. Inutile d'ajouter que les deux adversaires se sont réconciliés avec les témoins.
BRIDEL
Vous étiez brouillés?
DEXOIZEAU.
Un enfantillage... ça ne valait pas la peine... Et, comme vous voyez, tout s'est terminé le mieux du monde. Le baron m'a dit en nous quittant que vous lui plaisiez beaucoup.
l'.lUDEL.
Il est charmant.
DEXOIZEAU.
Il veut vous faire recevoir à son club.
LA BOXXE, rert'iuinl.
Monsieur le baron d'Encolure envoie chercher des nouvelles de monsieur?
DEXOIZEAU.
Remerciez vivement, et dites que monsieur Bridel va aussi bien que possible.
[M) PETITES KOI.LES
BnibEL. ,) I.l boitlW.
Ah ! dans une heure, vous irez également chez monsieur le baron, et vous demanderez des nouvelles de sa santé... Vous vous informerez si le combat ne Fa pas trop fatigué.
( Lu ])()nne sorl.J
LUGIKNNE, .1 n)i-i'<>i.r, ;) son mari.
Vous n'avez pas besoin de moi? Vous n'avez
pas de fièvre?
bridi;l.
Non, madame.
HCIKXNE.
Je peux me retirer?
BRIDKL.
Comme il vous plaira. Encore un mot: Je ne dînerai pas ce soir à la maison.
LUCIENNE
Vous ne dînerez pas?... Bien, monsieur.
BHIDIX.
Je dîne avec Denoizeau et le docteur, au club, madame...
LUCIENNE
Monsieur...
I 7i7/e soil. !
ESTELLE, ;i JJriik'l.
Vous n'êtes pas gentil avec Lucienne.
BRIDEE.
Ça ne doit pas la surprendre, j'imagine.
(Sort Estelle.)
DENOIZEAU.
Je vais dire bonjour à ma tante. V^enez-vous, Le verqu in? Venez- vous, docteur?
Ils tlcsrcitdcnt Iniis trois iiar l\'sr!iliei\ ^
ACTK III, Si;L.NE VII 131
se II M- VII lîlUDKL, seul, puis l':STELLK.
BIUDKL, xeiiL ri'rjanle ilii cuir <li- l;i ihuiiihrr ih; s;i fi-iniiu'.
Elle ne se plaindra pas que je lui fais des scènes, ma femme? (Enlevant son ik- harpe.) Ce foulard me
iTÙne. . -l/jerceran/ sur le bureau c/e.s feuilles éparses de
papier à lettre.} Ah! elle a écrit... « ]Monsieur... mon ami... » Elle n"y est pas allée, mais elle a écrit.
(Entre Estelle.)
ESTliLLE.
Adolphe, Lucienne désirerait vous parler.
BIUDEL.
Immédiatement?
ESTliLLi:.
Si c'est possihle... Elle ma tout raconlé. Je conçois que vous ayez eu un pelit moment dirritation.
UIUDKL.
\ ous êtes délicieuse, Estelle 1...
i:sti:lle.
J'admi^ts même, à la rigueur, que vous l'ayez soupçonnée... Et encore...
BIUDKE. iroiiiiim:
Vraiment?
ESTELLi:.
Mais, mon p.mvre ami, il faut que vous ne compreniez rien aux femmes [tour no pas senlir que Lucienne vous aime...
BIUDEL, loiijiiur.y iroiiiiiiic.
i^ontinur/.
ESTELLE
... Et n'aime que vous.
BRIDEL
Ah! ah !... Eh bien ! non, voilà une chose que je ne sens pas.
ESTELLE
Tant pis pour vous ! (Allnnl à lu pm-le et à Lucienne.)
Va!
(Estelle sort pend.ml que Lucienne entre.)