SCÈNE VII
JACQUES, MOLINEUF, LE HOUSSEL, PLESNOIS.
MOLINEUF.
Et maintenant. Le Houssol, racontez l'événement de la journée.
154 I.A BOI'HSE Oi; I.A VIE
Je me suis brouillé avec Eglantine entre la
LE IIOUSSEL, ,7 Plcsnois cl -, J.miiips
suis deux et la trois.
JACQUES
Ah bah !
PLESNOIS.
J'ai joué Eglantine, il y a un mois, trois contre un ; j'ai perdu,
LE IIOUSSEL.
Je ne vous parle pas de celle-là... Je vous parle de ma bonne amie...
JACQUES
Comment ! Vous avez rompu... Et pourquoi?
LE IIOUSSEL.
Mon cher, elle est insupportable... Elle est devenue joueuse comme les cartes. Toute la soirée, c'est le baccara ou le poker, pas moyen de l'avoir un instant. Et pour comble, elle s'est mise à jouer à la Bourse. Elle passe ses aprèsmidi avec des remisiers. Alors vous comprenez...
PLESNOIS.
Elle a bien pris ça ?
LE IIOUSSEL.
Très bien.
MOLINEUF.
Les dames aiment beaucoup se brouiller avec Le lioussel, parce qu'il est très généreux.
PLESNOIS.
Et combien ça vous a-t-il coûté. Le Roussel, de rompre avec Eglantine?
LE IIOUSSEL.
Pas autant que vous pourriez le croire.
MOLINEUF.
Oh! oh!
LE lIOrSSKL.
Une villa à Saint-Cloud que je lui avais promise depuis longtemps.
PLKSNOIS.
C'est tout?
LE IIOUSSEL.
Une paire de chevaux.
MOLIXEUF.
C'est tout ?
LE IlOUSSEL.
Et un collier de perles... de magnifiques perles.
PLESNOIS.
C'est tout ?
LE IlOUSSEL.
Vous trouvez que je n'ai pas bien fait les choses... Il me semble pourtant...
PLESNOIS.
Je plaisante... Je plaisante... Vous êtes mille fois trop ge'néreux.
MOLIXEUF.
Il a fait hausser de moitié la galanterie à lui tout seul.
LE IlOUSSEL.
Je sais que vous me blaguez tous.
On vous blague, mais on vous admire.
LE IlOUSSEL.
Je n'y mets pas d'ostentation, c'est pour mon plaisir. J'ai toujours donné de l'argent aux femmes. J'y trouve une étrange et nouvelle volupté.
PLESNOIS.
Vous n'avez jamais eu la sensation d'être aimé pour vous-même ?
LE IIOUSSEL.
Et je n'y tiens pas.
PLESNOIS.
Oh!
LE IIOUSSEL.
Etre aimé pour soi-même, la belle affaire ! C'est à la portée du premier bellâtre venu. Ce qui est autrement digne d'une imagination délicate, c'est de vouloir être aimé pour le luxe que l'on donne, pour la joie des bijoux et des toilettes, et aussi pour la façon dont on offre tout cela. Et ne croyez pas à la vieille théorie qui prétend qu'une femme ne saurait être amoureuse de l'homme qui la couvre d'or ! Il y a de nombreuses exceptions, soyez-en sûrs. Il y a des créatures charmantes qui ne se croient pas obligées de bafouer celui à qui elles doivent d'être heureuses, indépendantes et fêtées. Et moi, qui vous parle, j'ai reçu, pour de beaux cadeaux que je faisais, des caresses sincères et imprévues que Don Juan lui-même n'auraient pas eues pour rien.
JACQUES
Le Houssel, vous êtes véritablement chic.
PLESNOIS.
11 est très chic. (Ileçf.irdant sa montre.) Mais il faut
que je m'en aille.
JACQUES
Dites donc, puisque vous allez au cercle, je vais vous remettre une lettre pour Revinel.
PLESXOIS.
Pour Revinel, le tapeur?... Je vous plains si vous lui avez prêté n'importe quoi... (il xen-e la
main de Le Hnintsel et de Molineuf.) McssicurS...
ACTK I, SctNK VIII 157
JACQUES, iiiix inthncs.
Je ne me gêne pas avec vous, hein?.
(Jl suit avec Plesnois.)