ACTE I, sc:i;Ni-: x
JACQUKS.
Tu sais bien que je t'adore.
HÉLÈNE
Moi aussi, mon chéri, je t'adore... Nous n'avons peut-être pas été très pratiques jusqu'à présent, c'est vrai, mais nous nous sommes aimés dans le luxe, dans la gaieté, dans la fantaisie... Et puis, malgré tout, nous n'avons rien à nous reprocher. Tu ne m'as jamais trompée, dis?
JACQUES
Jamais.
HÉLÈNE
Eh bien ! c'est quelque chose dans un ménage de ne s'être jamais trompé ni l'un ni l'autre... J'irai plus loin, c'est tout,
JACQUES
C'est beaucoup, évidemment, mais enfin...
HÉLÈNE
Qu'est-ce que l'argent à côté de (;a? Voyons, réfléchis... que préférerais-tu? Que je t'aie trompé ou que je t'aie ruiné?
JACQUES
Il y a deux écoles...
HÉLÈNE
Tu es bête.
Va, ma petite Hélène, nous avons fait des bêtises, nous avons gaspillé notre fortune, nous avons mené une vie aljsurde ; il ne nous reste qu'un moyen de nous en tirer galamment, proprement, c'est de disparaître à l'anglaise et d'aller cultiver le coin de terre que nous avons conservé par miracle. Si tu m'aimes bien, et je suis sûr que tu m'aimes, tu ne t'y opposeras plus, et nous partirons gaiement, car au fond nous sommes
gais, et ce n'est pas la peine de perdre notre bonne iiumeur en nous débattant au milieu d'ennuis de toutes sortes, de dettes et d'huissiers.
HÉLÈNE, doucciiwnl.
Figure-toi qu'à mon âge je n'ai pas encore vu d'huissiers.
JACQUES
Demeure dans cette sage ignorance.
HÉLÈNE
Je ne veux pas te contrarier, mon chéri, certes non, je ne veux pas... Je t'aime trop. Mais enfin, est-ce qu'il n'y aurait pas une combinaison? Si on cherchait un peu avant de se décourager... Je ne demande pas mieux que d'aller vivre dans ta province, moi, mais pas tout de suite, plus tard, quand nous serons vieux, quand nous serons ramollis.
JACQUES
Je veux bien chercher, mais je sais d'avance...
(Entre Rosalie.)