‹ Théâtre completChapitre 1007 sur 1720 · REPRÉSENTÉE SUR LE THEATRE -FRANÇAIS LE IG MARS · texte numérisé non relu

REPRÉSENTÉE SUR LE THEATRE -FRANÇAIS LE IG MARS

PERSONNAGES

NICÉPHORE, empereur de Constantiuople.

IRÈNE , femme de Nicéphore.

ALEXIS COMNÈNE, prince de Grèce.

LÉONCE, père d'Irène.

PERSONNAGES

MEMNON, attaché au prince Alexis.

ZOÉ , favorite, suivante d'Irène.

Un officier de l'empereur.

Gardes.

La scène est dans un salon de l'ancien palais de Constantin.

IRÈNE, ZOÉ

IRÈNE

Quel changement nouveau, quelle sombre terreur, Ont écarté de nous la cour et l'empereur? Au palais des sept tours une garde inconnue Dans un silence morne étonne ici ma vue; En un vaste désert on a changé la cour.

ZOÉ

Aux murs de Constantin trop souvent un beau joui' Est suivi des horreurs du plus funeste orage. La cour n'est pas longtemps le bruyant assemblage De tous nos vains plaisirs l'un à l'autre enchaînés, Trompeurs soulagements des cœurs infortunés; De la foule importune il faut qu'on se retire. Nos États assemblés pour corriger l'empire, Pour le perdre peut-être, et ces fiers musulmans, Ces Scythes vagabonds débordés dans nos champs, Mille ennemis cachés qu'on nous fait craindre encore, Sans doute en ce moment occupent Nicéphore.

IRÈNE

De ses chagrins secrets, qu'il veut dissimuler, Je connais trop la cause: elle va m'accabler. Je sais par quels soupçons sa dureté jalouse Dans son inquiétude outrage son épouse.

Il écoute en secret ces obscurs imposteurs, D'un esprit défiant détestables flatteurs, Trafiquant du mensonge et de la calomnie, Et couvrant la vertu de leur ignominie. Quel emploi pour César ! et quels soins douloureux ! Je le plains, je gémis... Il fait deux malheureux... Ah! que n'ai-je embrassé cette retraite austère Où depuis mon hymen s'est enfermé mon père! Il a fui pour jamais l'illusion des cours, L'espoir qui nous séduit, qui nous trompe toujours,

La crainte qui nous glace et la peine cruelle De se faire à soi-même une guerre éternelle. Que ne foulais-je aux pieds ma funeste grandeur! Je montai sur le trône au faîte du malheur, Aux yeux des nations victime couronnée, Je pleure devant toi ma haute destinée; Et je pleure surtout ce fatal souvenir Que mon devoir condamne et qu'il me faut bannir. Ici l'air qu'on respire empoisonne ma vie.

ZOÉ

De Nicéphore au moins la sombre jalousie Par d'indiscrets éclats n'a point manifesté Le sentiment honteux dont il est tourmenté : Il le cache au vulgaire, à sa cour, à lui-même; Il sait vous respecter, et peut-être il vous aime. Vous cherchez à nourrir une injuste douleur. Que craignez-vous?

IRÈNE

Le ciel, Alexis et mon cœur.

ZOÉ

Mais Alexis Comnène aux champs de la Tauride Tout entier à. la gloire, au devoir qui le guide, Sert l'empereur et vous sans vous inquiéter, Fidèle à ses serments jusqu'à vous éviter.

IRÈNE

Je sais que ce héros ne cherche que la gloire; Je ne saurais m'en plaindre.

ZOÉ

Il a par la victoire Raffermi cet empire ébranlé dès longtemps.

IRÈNE

Ah ! j'ai trop admiré ses exploits éclatants : Sa gloire de si loin m'a trop intéressée. César aura surpris au fond de ma pensée Quelques vœux indiscrets que je n'ai pu cacher, Et qu'un époux, un maître a droit de reprocher. C'était pour Alexis que le ciel me fit naître : Des antiques Césars nous avons reçu l'être; Et dès notre berceau l'un à l'autre promis, C'est dans ces mêmes lieux que nous fûmes unis : C'est avec Alexis que je fus élevée;

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