IRÈNE, ACTE T, SCENE III
Ma foi lui fut acquise et lui fut enlevée.
L'intérêt de l'État, ce prétexte inventé
Pour trahir sa promesse avec impunité,
Ce fantôme effrayant subjugua ma famille;
Ma mère à son orgueil sacrifia sa fille.
Du bandeau des Césars on crut cacher mes pleurs;
On para mes chagrins de l'éclat des grandeurs.
11 me fallut éteindre, en ma douleur profonde,
Un feu plus cher pour moi que l'empire du monde ;
Au maître de mon cœur il fallut m'arracher,
De moi-môme en pleurantj'osai me détacher.
De la religion le pouvoir invincible
Secourut ma faiblesse en ce combat pénible ;
Et, de ce grand secours apprenant à m' armer,
Je fis l'affreux serment de ne jamais aimer.
Je le tiendrai... Ce mot te fait assez comprendre
A quels déchirements ce cœur devait s'attendre.
Mon père, à cet orage ayant pu m'exposer,
M'aurait par ses vertus appris à l'apaiser;
Il a quitté la cour, il a fui Nicéphore;
Il m'abandonne en proie au monde qu'il abhorre :
Et je n'ai que toi seule à qui je puis ouvrir
Ce cœur faible et blessé que rien ne peut guérir.
Mais on ouvre au palais... je vois Memnon paraître.