‹ Théâtre completChapitre 1012 sur 1720 · IRÈNE, ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

IRÈNE, ACTE II, SCÈNE I

Mais je tremble pour vous : un maître soupçonneux Vous condamne peut-être et vous proscrit tous deux. Parmi tant de dangers, que prétendez-vous faire?

IRÈNE

Garder à mon époux ma foi pure et sincère : Vaincre un fatal amour, si son feu rallumé Renaissait dans ce cœur autrefois enflammé ; Demeurer de mes sens maîtresse souveraine, Si la force est possible à la faiblesse humaine ; Ne point combattre en vain mon devoir et mon sort, Et ne déshonorer ni mes jours, ni ma mort.

ALEXIS, MEMNON

MEMXOX.

Oui, vous êtes mandé; mais César délibère. Dans son inquiétude il consulte, il diffère, Avec ses vils flatteurs en secret enfermé. Le retour d'un héros l'a sans doute alarmé; Mais nous avons le temps de nous parler encore. Ce salon qui conduit à ceux de Nicéphore Mène aussi chez Irène; et je commande ici. Sur tous vos partisans n'ayez aucun souci; Je les ai préparés. Si cette cour inique Osait lever sur vous le glaive despotique, Comptez sur vos amis : vous verrez devant eux Fuir ce pompeux ramas d'esclaves orgueilleux. Au premier mouvement votre vaillante escorte Du rempart des sept tours ira saisir la porte; Et les autres, armés sous un habit de paix, Inconnus à César, emplissent ce palais.

Nicéphore vous craint depuis qu'il vous offense. Dans ce château funeste il met sa confiance : Làdansun plein repos, d'un mot, ou d'un coup d'œil, Il condamne à l'exil, aux tourments, au cercueil. Il ose me compter parmi les mercenaires, De son caprice affreux ministres sanguinaires : Il se trompe.... Seigneur, quel secret embarras, Quand j'ai tout disposé, semble arrêter vos pas?

ALEXIS

Le remords.... Il faut bien que mon cœur te l'avoue. Quelques exploits heureux dont l'Europe me loue, Ma naissance, mon rang, la faveur du sénat, Tout me criait : « Venez, montrez-vous à l'État. » Cette voix m'excitait. Le dépit qui me presse, Ma passion fatale entraînaient ma jeunesse; Je venais opposer la gloire à la grandeur, Partager les esprits et braver l'empereur... J'arrive et j'entrevois ma carrière nouvelle. Me faut-il arborer l'étendard d'un rebelle ? La honte est attachée à ce nom dangereux. Me verrai-je emporté plus loin que je ne veux ?

MEMXOX.

La honte! elle est pour vous de servir sou< un maître.

ALEXIS

J'ose être son rival : je crains le nom de traître.

MEMXOX.

Soyez son ennemi dans les champs de l'honneur, Disputez-lui l'empire et soyez son vainqueur.

ALEXIS

Crois-tu que le Bosphore et la superbe Thrace, Et ces Grecs inconstants serviraient tant d'audace? Je sais que les États sont pleins de sénateurs Attachés à ma race et dont j'aurais les cœurs : Us pourraient soutenir ma sanglante querelle; Mais le peuple?

MEMXOX.

Il vous aime : au trône il vous appelle. Sa fougue est passagère, elle éclate à grand bruit : L n instant la fait naître, un instant la détruit. J'enflamme cette ardeur et j'ose encor vous dire Que je vous répondrais des cœurs de tout l'empire. Paraissez seulement, mon prince, et vous ferez Du sénat et du peuple autant de conjurés. Dans ce palais sanglant, séjour des homicides, Les révolutions furent toujours rapides.

Vingt fois il a suffi, pour changer tout l'État, De la voix d'un pontife ou du cri d'un soldat. C< -soudains changements sont des coups de ton ner- Qui dans des jours sereins éclatent sur la terre, [re Plus ils sont imprévus, moins on peut échapper A ces traits dévorants dont on se sent frapper. Nous avons vu frapper ces ombres fugitives, Fantômes d'empereurs élevés sur nos rives, Tombant du haut du trône en l'éternel oubli, Où leur nom d'un moment se perd enseveli. Il est temps qu'à Byzance on reconnaisse un homme Digne des vrais Césars et des beaux jours de Rome. Byzance offre à vos mains le souverain pouvoir. Ceux que j'y vis régner n'ont eu qu'à le vouloir : Portés dans l'hippodrome, il n'avaient qu'à paraître Décorés de la pourpre et du sceptre d'un maître ; Au temple de Sophie un prêtre les sacrait, Et Byzance à genoux soudain les adorait. Ils avaient moins que vous d'amis et de courage; Ils avaient moins de droits : tentez le même ouvrasre ; Recueillez les débris de leurs sceptres brisés; Vous régnez aujourd'hui, seigneur, si vous l'osez.

ALEXIS

Ami, tu me connais : j'ose tout pour Irène :

Seule elle m'a banni, seule elle me ramène;

Seule sur mon esprit encore irrésolu

Irène a conservé son pouvoir absolu.

Rien ne me retient plus: on la menace, et j'aime.

MEMXOX.

Je me trompe, seigneur, ou l'empereur lui-même Vient vous dicter ses lois dans ce lieu retiré. L'attendrez-vous encore?

ALEXIS

Oui, je lui répondrai.

IRENE, ACTE If, SCENE III.

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