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SCÈNE II

NICÉPHORE, suivi de deux officiers; ALEXIS, MEMNON, gardes, au fond.

NICÉPHORE

Prince, votre présence A jeté dans ma cour un peu de défiance. Au\ bords du Pont-Euxin vous m'avez bien servi : Mais quand César commande, il doit être obéi. D'un regard attentif ici l'on vous contemple. Vous donnez à ce peuple un dangereux exemple. Vous ne deviez paraître aux murs de Constantin Que sur un ordre exprès émané de ma main.

ALEXIS

Je ne le croyais pas... Les états de l'empire Connaissent peu ces lois que vous voulez prescrire; Et j'ai pu, sans faillir, remplir la volonté D'un corps auguste et saint, et par vous respecté.

NICÉPHORE

Je le protégerai tant qu'il sera fidèle; Sovez-le, croyez-moi; mais puisqu'il vous rappelle, C'est moi qui vous renvoie aux bords du Pont-Euxin. Sortez dès ce moment des murs de Constantin. Vous n'avez plus d'excuse : et si vers le Bosphore L'astre du jour qui luit vous revoyait encore, Vous n'êtes plus pour moi qu'un sujet révolté. Vous ne le serez pas avec impunité...

Voilà ce que César a prétendu vous dire.

ALEXIS

Les grands de qui la voix vous a donné l'empire, Qui m'ont fait de l'État le premier après vous, Seigneur, pourront fléchir ce violent courroux. Ils connaissent mon nom, mon rang et mon service, Et vous-même avec eux vous me rendrez justice. Vous me laisserez vivre entre ces murs sacrés Que de vos ennemis mon bras a délivrés ; Vous ne m oterez point un droit inviolable Que la loi de l'État ne ravit qu'au coupable.

NICÉPHORE

Vous osez le prétendre ?

ALEXIS

Un simple citoyen L'oserait, le devrait ; et mon droit est le sien, Celui de tout mortel, dont le sort qui m'outrage N'a point marqué le front du sceau de l'esclavage : C'est le droit d'Alexis; et je crois qu'il est dû Au sang qu'il a pour vous tant de fois répandu, Au sang dont sa valeur a payé votre gloire, El qui peut égaler (sans trop m'en faire accroire) Le sang de Nicéphore autrefois inconnu,

An rang de mes aïeux aujourd'hui parvenu.

NICÉPHORE

Je connais votre race, et plus, votre arrogance. Pour la dernière fois redouiez ma vengeance. N'obéirez-vous point ?

ALEXIS

Non, seigneur.

NICÉPHORE

C'est assez.

[Il appelle Memnon à lui par im signe et lui donne un billet dans le fond du théâtre.) Servez l'empire et moi, vous qui m'obéissez.

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