ALEXIS, ZOÉ
ALEXIS
Venez, venez, Zoé, vous que chérit Irène;
Jugez si mon amour a mérité sa haine,
Si je voulais en maître, en vainqueur, en César,
Montrer l'auguste Irène enchaînée à mon char.
Je n'ordonnerai point qu'une odieuse fête
Au temple du Bosphore avec éclat s'apprête;
Je n'insulterai point à ces préventions
Que le temps enracine au cœur des nations :
Je prétends préparer cet hymen où j'aspire [tire.
Loin d'un peuple importun qu'un vain spectacle at-
Vous connaissez l'autel qu'éleva dans ces lieux
Avec simplicité la main de nos aïeux :
N'admettant pour garants de la foi qu'on se donne
Que deux amis, un prêtre et le ciel qui pardonne;
C'est là que devant Dieu je promettrai mon cœur.
Est-il indigne d'elle? inspire-t-il l'horreur?
Dites-moi par pitié si mon âme agitée
Aux offres que je fais recule épouvantée ;
Si mon profond respect ne peut que l'indigner;
Enfin si je l'offense en la faisant régner.
ZOÉ
Ce matin, je l'avoue, en proie à ses alarmes, Votre nom prononcé faisait couler ses larmes : Mais depuis que Léonce ici vous a parlé, L'œil fixe, le front pâle et l'esprit accablé, Elle garde avec nous un farouche silence; Son cœur ne nous fait plus la triste confidence De ce remords puissant qui combat ses désirs; Ses yeux n'ont plus de pleurset sa voix de soupirs. De son dernier affront profondément frappée, De Léonce et de vous tout entière occupée, A nos empressements elle n'a répondu Que d'un regard mourant, d'un visage éperdu; Ne pouvant repousser de sa sombre pensée Le douloureux fardeau qui la tient oppressée.
ALEXIS
Hélas! elle vous aime et sans doute me craint. Si dans mon désespoir votre amitié me plaint, Si vous pouvez beaucoup sur ce cœur noble et tendre, Résolvez-la du moins à me voir, à m'entendre, A ne point rejeter les vœux humiliés D'un empereur soumis et tremblant à ses pieds. Le vainqueur de César est l'esclave d'Irène; Elle étend à son choix ou resserre sa chaîne : Qu'elle dise un seul mot.
ZOÉ
Jusquesen ce séjour Je la \uis avancer pai» ce secret détour.
ALEXIS
C'est elle-même, ô ciel !
ZOÉ
A la terre attachée, Sa \ue à notre aspect s'égare effarouchée : Elle avance vers vous, mais sans vous regarder;
Je ne sais quelle horreur semble la posséder.
ALEXIS
Irène, est-ce bien vous? Quoi ! loin de me répondre, A peine d'un regard elle veut me confondre!