ALEXIS, IRÈNE, ZOÉ
IRÈNE
(Un des soldais qui V accompagnent lui approche un fauteuil.) Un siège... je succombe. En ces lieux écartés, Attendez-moi, soldats... Alexis, écoutez.
(D'une voix inégale, entrecoupée, mais ferme autant que douloureuse.) Sachant ce que je souffre, et voyant ce que j'ose, D'un pareil entretien vous pénétrez la cause, Et l'on saura bientôt si j'ai dû vous parler : D'un reproche assez grand je puis vous accabler; Mais l'excès, du malheur affaiblit la colère. Teint du sang d'un époux, vous m'enlevez un père; Vous cherchez contre vous encore à soulever Cet empire et ce ciel que vous osez braver. Je vois l'emportement de votre affreux délire Avec cette pitié qu'un frénétique inspire; Et je ne viens à vous que pour vous retirer Du fond de cet abîme où je vous vois entrer. Je plaignais de vos sens l'aveuglement funeste : On ne peut le guérir... un seul parti me reste. Allez trouver mon père, implorez son pardon ; Revenez avec lui : peut-être la raison, Le devoir, l'amitié, l'intérêt qui nous lie, La voix du sang qui parle à son âme attendrie, Rapprocheront trois cœurs qui ne s'accordaien t pas. Un moment peut finir tant de tristes combats. Allez : ramenez-moi le vertueux Léonce; Sur mon sort avec vous que sa bouche prononce : Puis-je y compter?
ALEXIS
J'y cours, sans rien examiner.
Ah ! si j'osais penser qu'on pût me pardonner, Je mourrais à vos pieds de l'excès de ma joie. Je vole aveuglément où votre ordre m'envoie ; Je vais tout réparer : oui, malgré ses rigueurs, Je veux qu'avec ma main sa main sèche vos pleurs. Irène, croyez-moi; ma vie est destinée A vous faire oublier cette affreuse journée : Votre père adouci ne reverra dans moi Qu'un fils tendre et soumis, digne de votre foi. Si trop de sang pour vous fut versé dans laThrace, Mes bienfaits répandus en couvriront la trace; Si j'offensai Léonce, il verra tout l'État Expier avec moi cet indigne attentat.
Vous régnerez tous deux : ma tendresse n'aspire Qu'à laisser dans ses mains les rênes de l'empire. J'en jure les héros dont nous tenons le jour, Et le ciel qui m'entend, et vous, et mon amour. IRÈNE, en s' attendrissant et en retenant ses larmes. Allez; ayez pitié de cette infortunée: