SCÈNE IV
IRÈNE, se levant.
Qu'ai-jedit?qu'ai-je fait? et qu'est-ce que j'espère? Je ne me connais plus... Tandis qu'il me parlait, Au seul son de sa voix tout mon cœur s'échappait : Chaque mot,chaque instant portait dans mablessure Des poisons dévorants dont frémit la nature.
(Elle marché égarée et hors d'elle-même.) Non, ne m'obéis point; non, mon cher Alexis; N'amène point mon père à mes yeux obscurcis : Reviens... Ah ! je te vois; ah ! je t'entends encore : J'idolâtre avec toi le crime que j'abhorre... 0 crime! éloigne-toi... Ciel '....quel objet affreux! Quel spectre menaçant se jette entre nous deux ! Est-ce toi, Nicéphore? Ombre terrible, arrête : Ne verse que mon sang, ne frappe que ma tête; Moi seule j'ai tout fait : c'est mon coupable amour, C'est moi qui t'ai trahi, qui t'ai ravi le jour. Quoi ! tu te joins à lui, toi, mon malheureux père ! Tu poursuis cette fille homicide, adultère ! Fuis, mon cher Alexis; détourne avec horreur Ces yeux si dangereux, si puissants sur mon cœur ! Dégage de mes mains ta main de sang fumante; Mon père et mon époux poursuivent ton amante ! Sur leurs corps tout sanglantsme faudra-t-il marcher Pour voler dans tes bras dont on vient m'arracher?
Ah! je reviens à moi.... Religion sacrée, Devoir, nature, honneur, à cette âme égarée Vous rendez sa raison, vous calmez ses esprits.... Je ne vous entends plus, si je vois Alexis!...
Dieu, que je veux servir, et pourtant que j'outrage, Pourquoi m'as-tu livrée à ce cruel orage ? Contre un faible roseau pourquoi veux-tu t'armer?