‹ Théâtre completChapitre 1061 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

YDACE, LA PRÊTRESSE; gardes, dans le fond.

YDACE.

Non, je ne cache plus ma tendresse fatale ; le l'aimais, je l'avoue, et l'amour nous égale, Non, ne ménagez plus ce cœur né pour souffrir; J'appris à vivre esclave et j'apprends à mourir; Ne me déguisez rien, je pourrai tout entendre. Je sais que dans ces lieux le roi devait se rendre ; C'est un père outragé, c'est un maître absolu : On dit qu'il a parlé; mais qu'a-t-il résolu?

LA PRÊTRESSE

Il flottait incertain; son âme s'est montrée De douleur affaiblie et de sang altérée. Tantôt par un seul mot il nous glaçait d'horreur, Et surtout son silence inspirait la terreur; Tantôt la profondeur de sa sombre pensée Échappait aux regards d'une foule empressée Il soupire, il menace; il se calme, il frémit : Pour le seul Elpénor on croit qu'il s'adoucit. Autour de lui rangés ses courtisans le craignent, Et dans son désespoir il en est qui le plaignent.

YDACE.

Ils plaignent un tyran! bas esprits! vils flatteurs ! Ils n'osent plaindre Argide ! ils lui ferment leurs

[cœurs !

Ils croiraient faire un crime en prenant sa défense.

LA PRÊTRESSE

L'affliction du maître impose à tous silence.

YDACE, en poussant un cri et en pleurant. Ah! parlez-moi du moins, répondez à mes cris. Est-il vrai qu'Agathocle ait condamné son fils?

LA PRÊTRESSE

Le bruit en a couru.

YDACE.

Je me meurs.

LA PaÊlBESSE.

Cbere Ydace !

Ah! revenez à vous! un père qui menace Ne frappe pas toujours. Ma fille, rassurez, Ranimez vos esprits par le trouble égarés; Écartez de votre âme une image si noire.

YDACE.

Argide est condamné !

LA PRÊTRESSE

Non, je ne le puis croire.

YDACE.

Je ne le crois que trop... C'en est fait.

LA PRÊTRESSE

C'est ici Que du sort qui l'attend on doit être éclairci : L'instant fatal approche; Agathocle s'avance 11 parait qu'Elpénor lui parle en assurance. Attendons un moment dans ces lieux retirés; Ils furent en tout temps des asiles sacrés : Méprisés de nos grands, le peuple les révère. J'y vois déjà venir votre malheureux père.

YDACE.

De votre saint asile on viendra l'arracher : Aux regards du tyran qui pourra se cacher?

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