SCÈNE II
AGATHOCLE, d'un côté, suivi d'ELPÉNOR; YDASAN, YDACE, LA PRÊTRESSE, de l'autre côté, retirés dans les ruines du temple.
AGATHOCLE, à Elpénor.
Oui, te dis-je, le traître irritait ma colère; Dans ses respects forcés il insultait son père : On eût dit, en voyant Argide auprès de moi, Que j'étais le coupable et qu'Argide était roi. L'insolent à mes yeux se vantait de son crime ; Le meurtre de son frère est, dit-il, légitime : lia servi l'État en m'arrachantmon fils!
(Il s'assied.) C'en est trop! qu'on me venge... Elpénor, obéis. Qu'on me venge... Soldats, n'épargnez plus Argi- II faut enfin qu'un roi punisse un parricide, [de : Qu'il meure.
LA PRÊTRESSE, sortant de l'asile, et se jetant aux genoux d' Agathocle.
Non, seigneur, non, vous ne voudrez pas De deux fils en un jour contempler le trépas; Vous n'immolerez point la moitié de vous-même. De mes dieux méprisés la majesté suprême Ne parle point ici par ma débile voix ; Je n'attesterai plus leur justice et leurs lois : Je sais trop qu'à pas lents la vengeance éternelle Poursuit des méchants rois la tête criminelle ; Et que souvent la foudre éclate en vains éclats Pour des cœurs endurcis qui ne la craignent pas. Mais ne vous perdez point dans un jour si funeste: Ne vengez point un fils sur un fils qui vous reste, Et ne vous privez point de l'unique secours Que le ciel vous gardait dans vos malheureux jours.