‹ Théâtre completChapitre 1065 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LA PRÊTRESSE, YDASAN, auprès du temple sur le devant du théâtre: GARDES, dans le fond.

LA PRÊTRESSE

Exemples étonnants des caprices du sort ! L'un à l'autre inconnus dans ce séjour de mort, Sous le 1er d'un tyran la prison nous rassemble, Et je ne vous ai vu que pour mourir ensemble ! 0 père infortuné! c'est dans ces mêmes lieux, Dans ce temple où jadis ont descendu nos dieux; C'est parmi les débris de leurs autels en cendre Que le roi va paraître et l'arrêt doit se rendre ! Agathocle a voulu que sa servile cour Solennise avec lui ce déplorable jour.

C'est une fête auguste; et son àme affligée Croit par ce grand éclat sa perte mieux vengée : Il croit apprendre mieux au peuple épouvanté Que le sang d'un tyran doit être respecté. Sous sa puissante voix il faut que tout fléchisse ; Et ce spectacle horrible, on l'appelle justice !

YDASAN.

Prêtresse, croyez-moi, ce violent courroux, Rassasié de sang, n'ira point jusqu'à vous. Il est, n'en doutez pas, des barrières sacrées Dont on ne franchit point les bornes révérées. Un tyran craint le peuple ; et ce peuple, à mes yeux, Tout corrompu qu'il est, respecte en vous ses dieux. De ma fille, après tout, vous n'êtes point complice; Cest assez qu'avec elle un malheureux périsse : C'est ma seule prière ; et le coup qui m'attend Ne peut précipiter ma mort que d'un moment. Je vous quitte attendri ; pardonnez à mes larmes.

LA PRÊTRESSE

On ne les permet point : ces délateurs en armes Vont à notre tyran rapporter nos discours.

YDASAN.

Je le sais; c'est l'usage établi dans les cours. Grands dieux ! je vois paraître Argide avec Ydace!

Page 1