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SCENE II

YDASAN, LA PRÊTRESSE, ARGIDE, YDACE;

GARDES ET ASSISTANTS, dans le fond.

ARGIDE.

On le permet; je viens chercher ici ma grâce.

YDASAN.

Seigneur, que dites-vous ?

ARGIDE.

Contre son ravisseur J'ai défendu ta fille et vengé son honneur; J'ai fait plus : je l'aimais, et m'immolant pour elle, Je m'imposais moi-même une absence éternelle.

Je te demande ici le prix <lr la vertu

Pour qui je vais mourir, pour qui j'ai combattu.

J'étouffais mon amour, et je n'ai pu prétendre

(Malheureux d'être prince) à devenir ton gendre :

Mais enfin de ce nom je suis trop honoré;

Je veux dans mon tombeau porter ce nom sacré...

Ydace, en nous aimant expirons l'un et l'autre;

Que ma mourante main puisse presser la vôtre;

Que mes yeux soient encore attachés sur vos yeux;

Que la divinité qui nourrit nos aïeux

Préside avec l'hymen à notre heure fatale!

(A la prêtresse.) 0 prêtresse ! allumez la torche nuptiale...

(A Ydasan.) [menls.

Embrassons-nous, mon père, à nos derniers mo- Ydace, chère Ydace, acceptez mes serments; Ils sont purs comme vous : nos âmes rassemblées Au ciel qui les forma vont être rappelées; Conserve, s'il se peut, équitable avenir, De l'amour le plus saint l'éternel souvenir !

YDACE, à Ydasan.

Les sentiments d'Argide ont passé dans mon âme; Son courage m'élève et sa vertu m'enflamme. Le nom de son épouse est un titre trop beau Pour que vous refusiez d'en orner mon tombeau. Non, Argide, avec vous la mort n'est point cruelle : La vie est passagère et la gloire immortelle.

YDASAN.

Ah, mon prince ! ah, ma fille !

LA PRÊTRESSE

Infortunés époux!

Couple digne du ciel ! il est ouvert pour vous; Il voit un grand spectacle, et digne qu'on l'envie, La vertu qui combat contre la tyrannie.

YDASAN.

Chère fille ! grand prince ! en quel horrible jour, En quels horribles lieux me parlez-vous d'amour!

Ehbien!jevousunis:ehbien! dieux que j'atteste. Dieux des infortunés, formez ce nœud funeste; Et, pour le célébrer, renversez nos tyrans Dans l'abîme où la foudre a plongé les Titans ! Que le feu de l'Etna dans ses gouffres s'allume! Que le barbare y tombe, y vive et s'y consume! Que son juste supplice, à jamais renaissant, Soit l'éternel vengeur de mon sang innocent! Et tombe la Sicile et Syracuse en poudre, Si l'oppresseur du peuple échappait à la foudre !

Voilà mes vœux pour vous, chers et tendres

[amants, Et nos chantsdel'hymen, et mesderniers serments.

LA PRÊTRESSE

Notre heure est arrivée : Agathocle s'avance, Il ajoute à la mort l'horreur de sa présence.

ARGIDE.

Quoi! sa cour l'environne, et son peuple le suit!

YDASAN.

Quel démon, quel dessein devant nous Je conduit?

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