‹ Théâtre completChapitre 1090 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

EUPHÉMON, RONDON.

RONDON.

Mon triste ami, mon cher et vieux voisin, Que de bon cœur j'oublierai ton chagrin! Que je rirai! Quel plaisir! Que ma fille Va ranimer ta dolente famille!

Mais mons ton fils, le sieur de Fiereufat, Me semble avoir un procédé bien plat.

EUPHÉMON.

Quoi donc?

RONDON.

Tout fier de sa magistrature, Il fait l'amour avec poids et mesure.

Adolescent qui s'érige en barbon, Jeune écolier qui vous parle en Caton, Est, à mon sens, un animal bernable ; Et j'aime mieux l'air fou que l'air capable : Il est trop fat.

EUPHÉMON.

Et vous êtes aussi Un peu trop brusque.

RONDON.

Ah ! je suis fait ainsi.

J'aime le vrai, je me plais à l'entendre: J'aime à le dire, à gourmander mon gendre, A bien mater celle fatuité, Et l'air pédant dont il est encroûté.

Vous avez fait, beau-père, en père sage, Quand son aîné, ce joueur, ce volage, Ce débauché, ce fou, partit d'ici, De donner tout à ce sot cadet-ci; De mettre en lui toute votre espérance, Et d'acheter pont' lui la présidence De cette ville : oui, c'est un trait prudent. Mais dès qu'il fut monsieur le président, Il fut, ma foi, gonflé d'impertinence:

Sa gravité marche et parle en cadence, Il dit qu'il a bien plus d'esprit que moi, Qui, comme on sait, en ai bien plus que toi. Il est....

EUPHÉMON.

Eh mais! quelle humeur vous emporte ?

Faut-il toujours...?

RONDON.

Va, va, laisse, qu'importe?

Tous ces défauts, vois-tu, sont comme rien, Lorsque d'ailleurs on amasse un gros bien. Il est avare; et tout avare est sage.

Oh ! c'est un vice excellent en ménage, Un très-bon vice. Allons, dès aujourd'hui Il est mon gendre, et ma Lise est à lui. Il reste donc, notre triste beau-père, A faire ici donation entière De tous vos biens, contrats, acquis, conquis. Présents, futurs, à monsieur votre fils, En réservant sur votre vieille tête D'un usufruit l'entretien fort honnête; Le tout en bref arrêté, cimenté, Pour que ce fils, bien cossu, bien doté, Joigne à nos biens une vaste opulence : Sans quoi soudain ma Lise à d'autres pense.

EUPHÉMON.

Je l'ai promis, et j'y satisferai; Oui, Fierenfat aura le bien que j'ai.

Je veux couler au sein de la retraite La triste fin de ma vie inquiète; Mais je voudrais qu'un fils si bien doté Eût pour mes biens un peu moins d'àpreté. J'ai vu d'un fils la débauche insensée, Je vois dans l'autre une âme intéressée.

RONDON.

Tanl mieux! tanl mieux!

EUPHÉMON.

Cher ami, je suis ne Pour n'être rien qu'un père infortuné.

RONDON.

Voilà-t-il pas de vos jérémiades,

De vos regrets, de vos complaintes fades.

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EXJPHÉMOW FILS.

Connaissez -moi, décidez de mon sort ; J' attends d'un mot ou la vie ou la mort.

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