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L'ENFANT PRODIGUE, ACTE I, SCÈNE IL

Voulez-vous pas que ce maître étourdi, Ce bel aine dans le vice enhardi, Venant gâter les douceurs que j'apprête, Dans cet hymen paraisse en trouble-fête?

EUPHÉMON.

Non.

RONDON.

Voulez-vous qu'il vienne sans façon Mettre en jurant le feu dans la maison ?

EUPHÉMON.

Non.

RONDOX.

Qu'il vous batte, et qu'il m'enlève Lise ? Lise autrefois à cet aîné promise ; Ma Lise qui....

EUPHÉMON.

Que cet objet charmant Soit préservé d'un pareil garnement !

Qu'il rentre ici pour dépouiller son père ? Pour succéder?

EUPHÉMON.

Non.... tout est à son frère.

RONDOX.

Ah! sans cela, point de Lise pour lui.

EUPHÉMOX.

Il aura Lise et mes biens aujourd'hui ; Et son aîné n'aura, pour tout partage, Que le courroux d'un père qu'il outrage : Il le mérite, il fut dénaturé.

RONDON.

Ah! vous l'aviez trop longtemps enduré.

L'autre du moins agit avec prudence; Mais cet aine ! quel trait d'extravagance ! Le libertin, mon Dieu, que c'était là!

Te souvient-il, vieux beau-père, ah, ah, ah, Qu'il te vola (ce tour est bagatelle) Chevaux, habits, linge, meubles, vaisselle, Pour équiper la petite Jourdain, Qui ]e quitta le lendemain matin ?

J'en ai bien ri, je l'avoue.

EUPHÉMOX.

Ah! quels charmes Trouvez-vous donc à rappeler mes larmes ?

RONDON.

Et sur un as mettant vingt rouleaux d'or.... Hé, hé !

EUPHÉMON.

Cessez.

Te souvient-il encor, Quand l'étourdi dut en face d'église Se fiancer à ma petite Lise, Dans quel endroit on le trouva caché ? Comment, pour qui?... Peste, quel débauché!

EUPHÉMON.

Épargnez-moi ces indignes histoires, De sa conduite impressions trop noires; Ne suis-je pas assez infortuné?

Je suis sorti des lieuv où je suis né Pour m'épargner, pour ôtcr de ma vue Ce qui rappelle un malheur qui me tue. Votre commerce ici vous a conduit; Mon amitié, ma douleur vous y suit.

Ménagez-les: vous prodiguez sans cesse La vérité; mais la vérité blesse.

RONDON.

Je me tairai, soit : j'y consens, d'accord. Pardon; mais diable! aussi vous aviez tort, En connaissant le fougueux caractère De votre fils, d'en faire un mousquetaire.

EUPHÉMON.

Encor!

HONDON.

Pardon; mais vous deviez....

EUPHÉMON.

Je dois Oublier tout pour notre nouveau choix, Pour mon cadet, et pour son mariage.

Cà, pensez-vous que ce cadet si sage De votre fille ait pu toucher le cœur?

RONDON.

Assurément. Ma fille a de l'honneur,

Elle obéit à mon pouvoir suprême;

Et quand je dis : « Allons, je veux qu'on aime, »

Son cœur docile, et que j'ai su tourner,

Tout aussitôt aime sans raisonner ;

A mon plaisir j'ai pétri sa jeune àme.

EUPHÉMON.

Je doute un peu pourtant qu'elle s'enflamme

Par vos leçons; et je me trompe fort

Si de vos soins votre fille est d'accord.

Pour mon aîné j'obtins le sacrifice

Des vœux naissants de son àme novice ;

Je sais quels sont ces premiers traits d'amour :

Le cœur est tendre : il saigne plus d'un jour.

RONDON.

Vous radotez.

EUPHÉMOX.

Quoi que vous puissiez dire, Cet étourdi pouvait très-bien séduire.

ROXDOX.

Lui? point du tout; ce n'était qu'un vaurien.

Pauvre bonhomme! allez, ne craignez rien;

Car à ma fille, après ce beau ménage,

J'ai défendu de l'aimer davantage.

Avez le cœur sur cela réjoui ;

Quand j'ai dit non, personne ne dit oui.

Voyez plutôt.

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