‹ Théâtre completChapitre 111 sur 1720 · ARONS, MESSALA · texte numérisé non relu

ARONS, MESSALA

ARONS

Eh bien! qu'avez vous fait?

Avez-vous de Titus fléchi le fier courage? Dans le parti des rois pensez-vous qu'il s'engage?

MESSALA

Je vous l'avais prédit, l'inflexible Titus Aim£ trop sa patrie et tient trop de Brutus. Il se plaint du sénat, il brûle pour Tullie; L'orgueil, l'ambition, l'amour, la jalousie, Le feu de son jeune âge et de ses passions, Semblaient ouvrir son âme à mes séductions. Cependant, qui l'eût cru? la liberté l'emporte; Son amour est au comble, et Rome est la plus forte. J'ai tenté par degrés d'effacer cette horreur Que pourle nom de roi Rome imprime en son cœur. En vain j'ai combattu ce préjugé sévère; Le seul nom des Tarquins irritait sa colère. De son entretien même il m'a soudain privé; Et je hasardais trop, si j'avais achevé.

ARONS

Ainsi de le fléchir Messala désespère?

messala .

J 'ai trouvé moins d'obstacle à vous donner son frère, Et j'ai du moins séduit un des fils de Brutus.

ARONS

Quoi! vous auriez déjà gagné Tibérinus?

Par quels ressorts secrets, par quelle heureuse inmessala. [trigue ?

Son ambition seule a fait toute ma brigue. Avec un œil jaloux il voit, depuis longtemps, De son frère et de lui les honneurs différents; Ces drapeaux suspendus à ces voûtes fatales, Ces festons de lauriers, ces pompes triomphales, Tous les cœurs des Romains et celui de Brutus Dans ces solennités volant devant Titus, Sont pour lui des affronts qui, dans son âme aigrie, Échauffent le poison de sa secrète envie. Et cependant Titus, sans haine et sans courroux, Trop au-dessus de lui pour en être jaloux, Lui tend encor la main de son char de victoire, Et semble en l'embrassant l'accabler de sa gloire. J'ai saisi ces moments; j'ai su peindre à ses yeux Dans une cour brillante un rang plus glorieux; J'ai pressé, j'ai promis, au nom de Tarquin même, Tous les honneurs de Rome après le rang suprême : Je l'ai vu s'éblouir, je l'ai vu s'ébranler : îl est à vous, seigneur, et cherche à vous parler.

ARONS

Pourra-t-il nous livrer la porte Quirinale?

BRUTUS, ACTE

MESS AL A

Titus seul y commande, et sa vertu fatale N'a que trop arrêté le cours de vos destins: C'est un dieu qui préside au salut des Romains. Gardez de hasarder cette attaque soudaine, Sûre avec son appui, sans lui trop incertaine.

ARONS

Mais si du consulat il a brigué l'honneur, Pourrait-il dédaigner la suprême grandeur, Et Tullie, et le trône, offerts à son courage?

MESS AL A

Le trône est un affront à sa vertu sauvage.

ARONS

Mais il aime Tullie.

MESSALA

Il l'adore, seigneur :

11 l'aime d'autant plus qu'il combat son ardeur. Il brûle pour la fille en détestant le père ; Il craint de lui parler, il gémit de se taire; Il la cherche, il la fuit; il dévore ses pleurs, Et de l'amour encore il n'a que les fureurs. Dans l'agitation d'un si cruel orage, Un moment quelquefois renverse un grand courage. Je sais quel est Titus: ardent, impétueux, S'il se rend, il ira plus loin que je ne veux. La fîère ambition qu'il renferme dans l'àme Au flambeau de l'amour peut rallumer sa flamme. Avec plaisir sans doute il verrait à ses pieds Des sénateurs tremblants les fronts humiliés : Mais je vous tromperais, si j'osais vous promettre Qu'à cet amour fatal il veuille se soumettre. Je veux parler encore, et je vais aujourd'hui...

ARONS

Puisqu'il est amoureux, je compte encor sur lui. Un regard de Tullie, un seul mot de sa bouche, Peut plus, pour amollir cette vertu farouche, Que les subtils détours et tout l'art séducteur D'un chef de conjurés et d'un ambassadeur. N 'espérons des humains rien que par leur fai- L'ambition de l'un, de l'autre la tendresse, [blesse. Voilà des conjurés qui serviront mon roi; [moi. C'est d'eux que j'attends tout : ils sont plus forts que

(Tullie entre. Messala se retire.)

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